Après la grippe aviaire, la grippe bancaire… problème de sens ?

Visiblement une maladie grave attaque l’emploi dans les banques. J’ignore s’il s’agit de la grippe ou de la peste, en tous les cas le mal est apparemment très contagieux. Depuis quelques temps, il n’y a pas une semaine sans qu’il n’y ait une banque qui annonce une cure d’amaigrissement drastique. Des milliers d’emplois vont passer à la trappe. Axa, ING, Crelan… qui sera la suivante ?

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Photo : Malcom Brook

Lors de mes rencontres avec les « banquiers », je perçois plusieurs catégories de personnes.

La première est celle qui a peur, peur pour son emploi, peur pour son avenir. Elle est très largement majoritaire. Certains se révoltent, d’autres attendent en espérant ne pas faire partie du premier convoi, ni du second, ni du troisième, ni du…

La seconde catégorie est résignée : « Combien de fois par an allez-vous à l’agence ? 1 fois ? 2 peut-être ? Vous voyez bien ! Il n’y a rien à faire, il faut y passer sinon ce n’est pas quelques branches qu’il faudra couper, mais c’est l’arbre entier qui va tomber. Et puis, aujourd’hui la banque va bien, il faut donc en profiter tant que nous avons les moyens. »

« Il faut réparer le toit tant que le soleil brille. »

Ralph Hamers, CEO d’ING Groep

La troisième catégorie est celle qui est « excited » de participer à cette mutation bancaire, un tournant dans l’histoire du monde de la finance. Ils vont faire entrer leur banque dans le monde des entreprises « Agile », à l’image des Google, Uber, Netflix, Spotify et autres.

« Des choses excitantes sont en train de se passer… »

Ralph Hamers, CEO d’ING Groep

Si j’étais cynique, je dirais que quelques têtes pensantes, probablement inspirées par des consultants renommés, ont décidé que pour que la croisière puisse continuer à s’amuser, il fallait passer une partie de l’équipage par-dessus bord. Où est le problème ?

Vous allez peut-être dire : « oui, d’accord, c’est dur. Ils auraient pu annoncer les choses différemment, mais en finale, cela n’aurait rien changé : les banques aujourd’hui, c’est la sidérurgie des années 70. »

Si le monde bancaire aujourd’hui se trouve réellement dans la même situation que celle de la sidérurgie il y a quelques décennies, ne serait-il pas temps de chercher des solutions ? La question est de savoir : des solutions pour quoi ? Le drame de la sidérurgie fut-il la perte de cette industrie dans notre pays ou la disparition des emplois qui en découla ? La réponse est évidente : tout au long de cette période et jusqu’à nos jours nous n’avons jamais manqué des produits de la sidérurgie, par contre l’emploi a été et reste un problème.

Quel est la mission de nos banques ? Quel est le « pourquoi », le sens dans la tête des dirigeants de ces banques ? Je crains que la réponse ne soit ce que j’ai moi-même appris dans mon cours d’économie à la fin de mon parcours de polytechnique il y a trente ans : « le sens de l’entreprise est de créer de la richesse pour les actionnaires ».

Dans son livre, « Reinventing Organizations », Frédéric Laloux explique que pour qu’il y ait un changement profond, il faut changer de niveau de conscience. Tant que nous restons au même niveau de conscience, nous ferons probablement « un peu plus de la même chose ».

La question qui vient alors tout naturellement à l’esprit, c’est quel est ce niveau de conscience auquel il faudrait accéder pour faire évoluer nos banques et pour éviter le syndrome sidérurgique ? Aujourd’hui, le niveau de conscience semble être le profit : « pour que l’entreprise fonctionne, il faut du profit ». C’est vrai. A moins de bénéficier de subsides ou d’autres formes d’apports financiers, l’entreprise doit produire les ressources financières nécessaires pour couvrir ses frais et rémunérer ses actionnaires. C’est comme l’air que je respire : à moins d’avoir des bonbonnes d’oxygène, j’ai besoin en permanence d’un air sain autour de moi pour pouvoir vivre.

Le danger, c’est de confondre le moyen avec la fin. Je ne vis pas pour accumuler de l’air, du vent… Si j’applique ce raisonnement aux banques, le profit bien nécessaire retrouve sa juste place, celle d’un moyen. Reste à trouver la fin. Monter d’un niveau de conscience reviendrait donc à prendre conscience du sens de l’entreprise. Chaque entreprise est unique parce que les hommes et les femmes qui lui donnent vie (l’ensemble des collaborateurs et partenaires) sont uniques. Chaque entreprise a donc aussi une mission bien à elle.

Au lieu de continuer à trouver des solutions pour diminuer les coûts et augmenter les revenus dans le seul but de générer des profits, j’invite les entreprises à partir à la découverte de leur sens, de leur mission propre. Beaucoup d’organisations ont entamé cette démarche qui a souvent profondément changé leur approche, la plupart du temps en améliorant aussi leurs résultats. Quel est la contribution de mon entreprise pour ses clients, pour ses collaborateurs, pour la société, pour l’environnement… pour notre monde.

Réseaux-Gerd AltmannPhoto: Gerd Altmann

Quel aurait été le résultat si, au lieu de réfléchir à un plan de restructuration basé sur une vision futur du métier de banquier, la direction de ces banques s’était posé les questions ci-dessus et surtout avait posé ces questions à ses milliers de collaborateurs, de clients, de partenaires. Je rappelle que le cerveau d’un CEO ou d’un super consultant, n’a pas plus de neurones que celui du plus petit des employés. Tous ces cerveaux ont des idées à partager. Nous venons d’une époque où des inventeurs, des penseurs, des génies sortaient de leur laboratoire ou de leur bureau les idées qui ont fait avancer l’humanité. Je pense aujourd’hui que nous entrons dans une époque où ce qui fera avancer notre monde viendra souvent de la pensée des collectivités si des leaders veulent bien faire émerger cette pensée.

Si vous croisez Ralph dans un couloir, glissez-lui cette idée à l’oreille…

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Que votre vie soit belle,

Pierre

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