Le coaching c’est pour les malades…

Il y a quelques jours, je discutais avec le DRH d’un des fleurons de l’industrie belge qui me disait qu’il rencontrait encore beaucoup de résistance face au coaching. Pourquoi ? Parce que pour de nombreux cadres de cette entreprise réputée

« Le coaching, c’est pour ceux qui ne vont pas bien,
ceux qui ont besoin d’un psi… »

Et vous, vous en pensez quoi ?
Si vous êtes dirigeant ou manager avez-vous déjà eu recours au coaching pour vous-même ou pour votre équipe ? A quelle fréquence proposez-vous un coaching à vos collaborateurs ?

Personnellement, pendant les 25 années pendant lesquelles j’ai dirigé des équipes ou des entreprises je n’ai jamais eu recours au coaching car j’ignorais tout simplement ce que c’était. Je n’avais aucune idée de ce que le coaching aurait pu apporter à mes équipes ou à moi-même. Pour moi, un coach c’était Marc Wilmots (entraîneur de l’équipe nationale belge de Football de 2012 à 2016) ou encore quelqu’un qui expliquait à un plus jeune comment il devait faire son job. Ne demande-t-on pas à nos collaborateurs les plus anciens de « coacher » les nouveaux ? Oui, bien sûr. Je l’ai fait bien souvent. Le problème du coaching, c’est que le mot est utilisé à toutes les sauces et que le métier de coach n’est pas protégé. Toute personne qui le désire peut donc rentrer chez lui un beau soir et décider de mettre une plaque sur sa façade se déclarant « coach ». Cette situation génère une certaine confusion.

Dans cet article, je vous présenterai le coaching tel qu’il a été défini par l’ICF (International Coaching Federation) qui est la plus grande association de coachs au monde.  A chaque fois que j’utiliserai dans les lignes qui suivent le mot coaching ou coach, je référerai donc au coaching tel qu’il a été défini par l’ICF.

Commençons par voir ce que le coaching n’est pas…

Le coaching n’est pas de la thérapie. Les coachs ne sont pas thérapeutes, nous ne sommes pas formés pour cela. Un thérapeute a des patients, un coach a des clients. Nous ne nous occupons donc pas de personnes « malades ».

Le coach n’est pas non plus un consultant qui vous donne des conseils ou vous explique comment vous devez faire pour atteindre vos objectifs.

Il n’est pas un formateur (même si beaucoup de coachs ICF sont également des formateurs… quand ils ne pratiquent pas le coaching).

Le coach n’est pas un mentor, quelqu’un qui aurait une longue expérience dans le domaine qui vous intéresse et vous éclairerait en vous partageant tout ce qu’il a appris et vécu.

Tous ces métiers sont complémentaires au coaching, mais ne font pas partie du coaching tel que le conçoit l’ICF qui a pris soin de définir le métier de coach sur base de 11 compétences bien précises complétées d’un cadre déontologique auquel les coachs ICF adhèrent.

Alors c’est quoi le coaching ?

Le coaching c’est l’art d’accompagner quelqu’un de la situation où il se trouve aujourd’hui, et qui ne lui convient pas, vers une destination qu’il a lui-même choisie et qu’il désire atteindre.

Quelques exemples

Un manager qui n’arrive pas à déléguer pourrait se faire coacher pour réussir à confier des tâches importantes à ses collaborateurs en définissant un suivi raisonnable (par exemple un reporting par semaine au lieu d’un contrôle stressant toutes les heures).
Un autre pourrait demander un coaching pour développer son audace et ses capacités à parler devant un public de plus de 10 personnes.
Un troisième se fera coacher pour donner de la reconnaissance et des feedbacks constructifs à ses collaborateurs plutôt que de les engueuler à chaque fois qu’ils font le moindre faux pas…
Nous sommes souvent appelés également pour aider des managers à prendre en charge de nouvelles responsabilités, c’est ce que nous appelons le coaching de prise de poste. Ce ne sont que quelques exemples ; les situations qui peuvent bénéficier d’un coaching sont infinies.

Nous avons tous des comportements et des attitudes qui ne nous conviennent pas, qui perturbent notre façon de travailler avec d’autres, notre façon de communiquer et qui nous limitent dans nos ambitions. Si vous n’en trouvez pas pour vous-même, demandez à vos collègues… Sommes-nous malades pour autant ? Le coaching est probablement le moyen le plus puissant pour vous accompagner dans cette transformation… et donc pour ne pas tomber malade.

J’aime assez bien cette définition trouvée sur internet :

« Le coaching est l’art d’aider une personne à trouver ses propres solutions »

Cette définition est attribuée à Socrate, mais j’ai l’impression, que l’on fait dire à monsieur Socrate beaucoup de choses…

Comment se passe un coaching ?

Comment un coach peut-il aider son client à atteindre ses objectifs sans le conseiller ? C’est là toute la force du coaching. Les coachs ont deux certitudes (en langage de coach, nous appelons cela des croyances) :

  1. Le client a en lui ou est en mesure de trouver lui-même toutes les ressources nécessaires pour atteindre les objectifs qu’il s’est fixés.
  2. Ce qui a fonctionné pour moi ou pour d’autres à un moment donné dans une situation donnée ne fonctionnera probablement pas pour mon client aujourd’hui dans sa situation à lui.

Notre rôle de coach est donc d’aider le client à trouver en lui ou autour de lui ce dont il a besoin. Pour ce faire nous avons à notre disposition de très nombreux outils, mais les coachs qui prennent de l’âge arrivent souvent au même constat. Pour eux, les principaux outils du coach sont :

  • L’écoute profonde : écouter bien au-delà des mots, écouter le corps, le regard, l’émotion, écouter les silences… ;
  • Le questionnement : poser des questions courtes et puissantes qui permettent des prises de conscience ;
  • La reformulation qui consiste simplement à répéter ce que le coaché vient de dire ;
  • L’intuition qui pourrait se définir comme l’accueil de ce qui se passe en moi (coach) quand j’écoute profondément mon client.

Lors des premières séances, le coach aide son client à formuler sa demande, ce qu’il veut faire évoluer ou changer tout en définissant pour chaque objectif qu’il se donne, les critères qui lui permettront de constater qu’il a bien atteint cet objectif. Lorsque les objectifs et leurs critères sont bien définis, une partie importante et essentielle du travail est faite. C’est comme pour un voyage : si je ne choisis pas de destination, cela va être très difficile de l’atteindre… Par contre, dès que j’ai décidé où je veux aller, je peux commencer à envisager très concrètement tous les moyens pour m’y rendre et me mettre en route au plus tôt.

Pendant les séances suivantes, espacées d’une à trois semaines en fonction de la situation, le coach accompagne son client vers ses objectifs. Une partie importante du chemin se fait entre les séances, temps pendant lequel le client met en pratique ce qu’il a découvert et décidé pendant les séances. Sur ce chemin de transformation, le coaché fait face à des obstacles, des blocages, des difficultés en lui. Ceux-ci seront travaillés pendant les séances suivantes afin de l’aider à découvrir les moyens de les contourner, de les éliminer, d’avancer. La cause profonde à l’origine d’un blocage (blessure d’enfance, expériences négatives…) ne nous intéresse pas – nous ne sommes pas thérapeutes -, parfois elles apparaissent, mais ce n’est pas pour cela que le problème est résolu.

Les séances prennent de 1 à 2 heures en fonction du coach et un coaching prend de 1 à 12 séances. Si après 12 séances, l’objectif n’est pas atteint, il est probable qu’il y ait un problème quelque part.

Le coaching est un très mauvais business : notre objectif est que notre client retrouve au plus vite son autonomie en se passant de nos services. Parfois une séance suffit.

Pourquoi un coaching pourrait ne pas donner de bons résultats ?

Les raisons les plus fréquentes pour moi sont les suivantes:

Le coaché n’est pas motivé. Le coaching lui a été suggéré par son manager. Il n’a pas osé dire non. La liberté et le désir d’atteindre ses objectifs sont les deux moteurs du coaché. Sans cela, c’est inutile de commencer. 

La qualité de la relation entre coach et coaché est insuffisante. La confiance ne s’établit pas de sorte que le coaché ne se dévoile pas.

Le coaching n’est pas l’outil qui convient dans la situation du client. J’ai régulièrement dans mon bureau des personnes qui présentent des symptômes de burnout ou de dépression. Je ne peux dès lors que les inviter à parler de ces symptômes avec leur médecin.

Personnellement, lorsqu’il y a de tels problèmes, ils apparaissent dès les premières rencontres de sorte que je remets immédiatement le coaching en question.

Le coaching c’est finalement pour qui ?

Au début le coaching était surtout réservé aux dirigeants, aux cadres supérieurs et à ceux que l’entreprise considérait comme HP (Hauts Potentiels: futurs cadres supérieurs). L’idée n’était donc pas du tout de permettre aux plus faibles de rejoindre le peloton, mais aux plus forts d’être encore meilleurs. 

Cette population reste un des grands consommateurs de coaching aujourd’hui. C’est peut-être la seule analogie à faire avec le coaching sportif : connaissez-vous un grand sportif qui n’ait pas de coach ? C’est pareil au niveau des entrepreneurs qui cartonnent : la très grande majorité d’entre eux ont largement recours au coaching.

Dans de nombreuses sociétés, le coaching est maintenant également accessible à celles et ceux qui tout simplement ont envie de progresser, de mieux servir leur entreprise, de mieux collaborer avec leurs collègues et de développer leurs forces, quel que soit leur niveau hiérarchique.

Coaching ou formation

La formation permet d’ouvrir de nouvelles portes, d’expérimenter de nouveaux outils, de découvrir des modèles qui me sont inconnus. Le danger des formations est de ne pas intégrer ces nouveautés dans le concret de ma vie quotidienne. Une formation qui se donne en un seul bloc (par exemple trois jours de suite) sans suivi personnalisé risque fort de ne pas avoir beaucoup d’impact et d’être vite oubliée. Personnellement je suis assez favorable aux programmes de formation étalés sur plusieurs mois à raison d’un jour par mois de sorte que l’espace entre deux journées de formations permet de mettre en pratique ce qui a été vu. Les réussites, les difficultés et les échecs de ces expériences sont alors débriefés au début de chaque nouvelle journée de formation, permettant une intégration en profondeur.

Le coaching est d’un autre ordre : il me permet de prendre conscience de qui je suis, de découvrir mon propre mode d’emploi, mes richesses. Il m’amène à transformer mes freins en moteur. Il est puissant parce qu’il est :

  • Personnalisé : pas de recettes toutes faites, mais une approche tout à fait sur mesure;
  • Étalé dans le temps, de sorte qu’une progression en profondeur et respectueuse du rythme du coaché est possible ;
  • Basé sur la liberté et la volonté du coaché qui est totalement responsable de ses progrès ;
  • Orienté vers des objectifs clairs, précis et mesurables.

Ces deux outils que sont le coaching et la formation sont donc tout à fait complémentaires.

Être coach…

Dans son livre « Bases psychologiques du coaching professionnel », Pascal Barreau nous partage une définition du coaching qui m’a particulièrement touchée. Je vous la retranscris ci-dessous (Merci à Isabelle Wats qui me l’a fait découvrir lors d’un Webinaire ICF Synergie de 2018) :

Coacher c’est faire acte d’humilité
Sans arrogance et beaucoup de tempérance
Dans l’accueil de la différence
Dans la magie de la coïncidence.

Coacher c’est renoncer
A vouloir conseiller, interpréter, expliquer,
Au pouvoir de la prévision, de la catégorisation.

Coacher c’est s’adonner
Aux mystères de la rencontre
Avec autant de résolution que de compassion.

Coacher c’est savoir
Réveiller l’infinie noblesse
De l’homme dans ce qu’il est et dans ce qu’il a de plus grand.

Il est temps de se lancer….

Si vous ne l’avez pas encore essayé, tentez l’expérience : proposez un coaching à un de vos collaborateurs qui désire évoluer ou choisissez un ou plusieurs aspects sur lesquels vous avez envie de progresser vous-mêmes et contactez un coach.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire. Comment traiter un sujet aussi vaste que le coaching en seulement quelques lignes? J’invite mes collègues coachs à les compléter, les nuancer, les corriger si nécessaire dans les commentaires ci-dessous.

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Que votre journée soit belle.

Pierre,

PS: lien vers le webinaire complet d’Isabelle Wats « Être coach ou faire du Coaching ».

Photos dans l’ordre d’apparition : Alex Iby, Johannes Plenio, inconnu, Mabel Amber.

Recherches utilisées pour trouver cet article: le mauvais impact des coachs

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