Plutôt canal ou plutôt vasque ?

« Si tu es sage, montre-toi vasque plutôt que canal. Un canal reçoit l’eau et la répand presque tout de suite. Une vasque, en revanche, attend d’être remplie et communique ainsi sa surabondance sans se faire de tort » – Bernard de Clairvaux (1090-1153)

La question est de savoir comment je fonctionne : plutôt flux tendu ou plutôt surabondance ?

Lorsque j’ai lu cette citation dans l’édito du bulletin de la Fraternité de Tibériade de ce mois de juillet 2021, j’ai immédiatement pensé à bon nombre de mes clients.  Certains sont souvent stressés tandis que d’autre sont plutôt zen. Dans cet article je vous propose de creuser ce qui pourrait être à l’origine de ces deux attitudes pour ajuster si nécessaire notre propre approche en fonction de ce que nous désirons vivre.

Le flux tendu

Le nombre croissant de burnout semble nous indiquer que la tension et le stress rythment nos journées de travail. Les exigences d’une productivité toujours plus élevée, les changements de plus en plus fréquents auxquels nous sommes supposés nous adapter en temps réel ont rendu notre environnement stressant et exigeant. Je suis supposé déjà donner ce que je n’ai pas encore appréhendé. C’est un peu comme si avant même d’aller me coucher je devais déjà me lever pour démarrer une nouvelle journée. Ce n’est pas tenable.

Le canal n’a pas le temps de se remplir, il se vide aussitôt pour donner toujours plus.

Ce fonctionnement m’est parfois imposé par la culture d’entreprise ou par un patron quelque peu tyrannique. Souvent aussi, je me l’impose à moi-même. Personne ne me le demande et cependant je « canalise » du matin au soir quand ce n’est pas la nuit.

Saint Bernard me suggère que ce n’est pas sage. Je peux aussi me poser la question de savoir si c’est efficace sans oublier de prendre conscience de l’impact de ce mode de vie sur ma santé, sur mon bien-être et sur celui de mes proches.

La surabondance

Voyons ce qu’en dit le frère Bart dans son édito :

« La vasque donne par débordement lorsqu’elle est remplie. Tout en donnant, la vasque est la personne qui n’oublie pas de goûter, de s’émerveiller, de se nourrir des belles choses de la vie. Elle nourrit le feu du cœur, la vie spirituelle, en prenant le temps de rendre grâce, de donner sens et de relire les évènements pour encourager quelqu’un ou demander pardon si un geste ou un mot ont pu blesser… Bref elle refuse d’avoir sans cesse le nez dans le guidon ».

Je rencontre de plus en plus de dirigeants qui ont choisi consciemment ou non de pratiquer cette surabondance. Ils ou elles consacrent une partie importante de leur temps à « se remplir » pour que leur entreprise, leur entourage, leurs proches puissent jouir de leurs « débordements ».  Ce que j’observe, c’est que la plupart du temps, non seulement le bien-être, mais également la productivité et la rentabilité sont au rendez-vous. Les difficultés et les problèmes ne disparaissent pas, mais la façon dont ils sont abordés est beaucoup plus sereine et efficace.

Quel est mon choix ?

Canal ou vasque, flux tendu ou surabondance, j’ai à choisir comment je veux fonctionner. Si je choisis la surabondance et que l’environnement ne me le permet pas, je devrai probablement changer d’environnement, d’entreprise, de job. C’est un choix. Si le passage au mode « vasque » ne dépend que de moi, mes freins intérieurs peuvent parfois être très difficiles à lever. De nombreuses croyances ancrées en moi bloquent ma conversion. Certains attendent le burnout pour changer d’approche… Pourquoi ? Si je sens que mon fonctionnement actuel m’épuise, pourquoi continuer de la même façon ? J’ai toujours le choix, même si les conséquences de ce choix ne sont pas faciles à accepter.

Que votre journée soit belle.

Pierre

Photos :  Валентин Симеонов, inconnu, Michaël Hemp

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