L’entreprise : machine ou organisme vivant ?

Notre leadership et notre style de management, la façon dont nous structurons et organisons notre entreprise dépendent de nos croyances, de notre conception de l’homme et de ce que doit être une entreprise.

En tant que dirigeant, avez-vous pris conscience de vos croyances, de votre conception de ce qu’est une entreprise, de votre vision de l’homme ? Si vous hésitez au moment de formuler une réponse à cette question, je vous invite à prendre le temps d’y réfléchir seul ou accompagné.

Quand Jean-François Zobrist, le CEO de FAVI qui a transformé son entreprise pour en faire une entreprise libérée décrète :

« 97% des hommes et des femmes de cette entreprise sont bons, ils sont honnêtes et compétents. Cependant, toute l’organisation de l’entreprise est faite pour les trois pourcents qui sont malhonnêtes et/ou incompétents. Cette organisation est basée sur la méfiance et le contrôle. »

Il exprime une croyance profonde en lui. D’autres diront que ce n’est pas 97%, mais plutôt 50 ou même 30%. D’autres encore, ne se sont jamais posé cette question. Dans le cas de Zobrist, cette croyance l’a amené à inventer un nouveau mode de gouvernance aligné avec ce qu’il croyait. Ce mode de gouvernance qui a permis de sauver l’entreprise c’est ce qu’Isaac Getz appellera plus tard l’entreprise libérée ou encore la gouvernance participative, une gouvernance basée sur la confiance, l’autonomie, l’équivalence et l’auto-contrôle.

Cet article n’a pas la prétention de visiter toutes les croyances que pourrait avoir un dirigeant et d’analyser leurs conséquences sur son style de management. Aujourd’hui, je voudrais vous poser une seule question :

Pour vous, votre entreprise est-elle appelée à devenir une belle machine bien huilée ou un organisme vivant adulte ?

Votre approche de l’entreprise et votre rôle dans celle-ci découlent de votre réponse, que vous en soyez conscient ou non.

Si l’entreprise est une machine…

Si je considère que mon entreprise est une machine, je vais en faire un plan précis où chaque pièce aura une place précise, millimétrée. Chaque tâche sera définie et aura une approche propre, un timing, un ordre préétabli. Pour faire évoluer l’entreprise, il faudra agrandir la machine ou l’interfacer avec une autre. Au fur et à mesure que l’entreprise grandit les différentes pièces qui la constituent perdent la conscience du tout dont elles font partie. De toute façon cela n’a pas d’importance : chaque pièce a sa fonction, son rôle, elle n’a pas à se soucier du rôle des autres pièces. Si chacune fonctionne bien, la machine tournera comme une horloge suisse où chaque rouage ajusté au micron exécute sans discontinuer son mouvement. Tic-tac, tic-tac, tic-tac…

Quand la machine se grippe, c’est dû à une des pièces qui est usée ou abimée. Il suffit de la remplacer par une pièce identique ou éventuellement renforcée suite à l’expérience acquise par cet incident. Toutes les pièces sont interchangeables.

L’ingénieur en chef aidé de ses mécanos, de ses électriciens, électroniciens et autres experts a tout en main. Du haut de la pyramide, il dirige.  

Une difficulté, c’est qu’une partie essentielle des pièces de la machine sont humaines et que l’être humain n’a pas grand-chose à voir avec les rouages d’une montre suisse de sorte que la machine passe son temps à grincer, s’emballer, se bloquer…. et le dirigeant à fort à faire pour remplacer, redresser, renforcer, ajuster les « pièces humaines défectueuses ou non-conformes ».

Si l’entreprise est un organisme vivant…

Pour Frédérique Laloux, l’auteur du bestseller « Reinventing Organisations », l’entreprise est un organisme vivant.

J’ai envie de comparer l’entreprise à un être humain.  L’autre jour, je discutais avec des amis. Une des personnes présentes est maman de plusieurs enfants dont un grand ado. Avec humour elle se rappelait une phrase qui l’avait marquée : « La vie nous a donné des enfants, mais elle a oublié de fournir le mode d’emploi. ».  Elle exprimait sa difficulté à lâcher prise : « Mon mari et moi avions des idées très claires sur l’éducation des enfants. Nous savions ce que nous voulions leur donner. Nous nous sommes battus pour cela. Nous avons souffert à chaque fois que Simon (nom d’emprunt) déviait de la route que nous lui avions tracée. Aujourd’hui je comprends qu’il est appelé à suivre sa route et pas la mienne. Je comprends que j’ai à lâcher prise, à faire confiance… Pas facile. Il grandit, il devient adulte… Je suis appelé à l’accompagner sur sa route plutôt qu’à le guider sur celle que j’ai rêvée pour lui. »

Et si l’entreprise ou l’équipe que vous avez créée ou reprise, à la tête de laquelle vous êtes aujourd’hui, votre bébé…, si cette entreprise était comme cet ado, plein de vie, d’énergie, de désirs, de rêves…, comment agiriez-vous avec elle ? Si cet enfant était habité d’une énergie de vie pour devenir adulte, mais pas nécessairement l’adulte conforme au plan que vous avez en tête, mais l’adulte unique qu’il est, comme tout être humain qui est également unique et irremplaçable, seriez-vous prêt à lâcher prise, vous aussi ?

La vie est plus forte que tous les plans, elle a cette magie de nous surprendre sans cesse. Alors si je m’accroche à mon plan, je suis en perpétuelle tension avec moi-même et tous mes collaborateurs. J’essaye de ramener l’entreprise sur les rails du plan.

Si mon entreprise est vivante, elle est davantage comparable à un jardin qu’à une machine. Un jardin ne se répare pas, un jardin s’entretient jour après jour. Si vous ne l’aimez pas, il ne sera jamais beau. Dans ce jardin, le jardinier n’est qu’un élément qui s’associe aux autres : la terre, le soleil, la pluie, le gel, les fleurs, les buissons et les arbres, ces herbes que certains appellent mauvaises, les limaces, les mulots, les abeilles… Tous ensemble créent le jardin, l’entretiennent, à la fois ils en vivent et le font vivre et s’embellir. Si le jardinier, poussé par son égo, croit qu’il est le plus fort, qu’il sait tout, que c’est lui qui décide, il est fort probable que le jardin soit médiocre. S’il comprend et accueille son rôle avec humilité (humus : la terre en latin) et émerveillement et collabore avec tous les autres éléments, il verra jaillir la vie bien au-delà de ce qu’il espérait…  C’est la logique de la permaculture !

Considérer mon entreprise comme un organisme vivant me mène, non plus à me considérer comme son maitre tout puissant, mais comme un jardinier au service de la vie de cet organisme, pour qu’il puisse grandir, se développer, vivre sa vie propre, bien au-delà de ce que j’aurais pu imaginer seul du haut de ma pyramide.

Tant de souffrances

Personnellement, je pense que s’il y a tant de souffrances dans beaucoup d’entreprises, c’est précisément parce que trop souvent nous les considérons comme des machines. Avec une telle vision, nous tuons la vie, nous bridons son potentiel, nous limitons son épanouissement.

La puissance de vie d’un organisme bien vivant est tout à fait étonnante. Il s’adapte aux circonstances à tout moment, il est agile, il ressent ce qui est nécessaire et il le fait. Il est capable de se redresser après les chutes les plus pénibles, de se sortir des situations les plus difficiles.

Pour devenir un « patron-jardinier »

Vous désirez devenir un « patron-jardinier », Aaron Dignan vous propose 5 attitudes pour commencer :

  1. « Through them not to them » – Par eux, non sur eux

Cessons d’imposer le changement, mais inspirons-le.  Soyons acteur de notre changement et invitons les autres à être acteur de leur changement. Accompagnons la vie. Tout changement imposé provoque une résistance proportionnelle à l’importance du changement. Le changement inspiré est source d’énergie pour tous : c’est un moteur.

  1. « Learn by doing » – Apprendre en pratiquant

Cessons de réfléchir des mois avant de nous lancer. Quand l’idée parait bonne, essayons là et voyons si cela fonctionne, ensuite apprenons et corrigeons si nécessaire. Personne n’a appris à rouler à vélo sur papier ou dans un livre. La seule méthode efficace est de se lancer et de se relever après chaque chute pour repartir de plus belle.

  1. « Start Small » – Commencer petit

Les grands changements planifiés sur des années sont la plupart du temps voués à l’échec et coûtent très cher en euros et en énergie. Commençons par des petites choses pour engrammer cette approche du changement. Les grands changements en seront très grandement facilités car ils tomberont comme des fruits murs.

  1. « Start by stopping » – Commencer par s’arrêter

Avant de se dépêcher d’ajouter un nouveau « truc » (procédure, règle, app, formulaire, réunion, rôle…), il est urgent de s’arrêter pour se poser la question si le problème ne vient pas d’un excès de « trucs » plutôt que d’un manque. Nous sommes souvent encombrés et alourdis par tout ce que nous avons construit au fur et à mesure des années sans penser à simplifier. S’arrêter, c’est aussi donner l’opportunité à quelque chose de nouveau d’émerger. Entrer en dialogue avec la vie dans mon entreprise et plus précisément avec ce à quoi cette vie nous appelle demande du silence, une pause, de la quiétude. Le stress, au contraire, ne permet pas cette émergence.

  1. « Join the resistance » – Rejoignez la résistance

Plutôt que de stigmatiser celles et ceux qui résistent au changement, allez vers eux et écoutez ce qui bloque, sans jugement. Laissez-vous interpeler pour poursuivre votre propre changement.

“Allez vers votre équipe et posez la question :« Qu’est-ce qui nous empêche de faire un travail exceptionnel ? ». Ensuite, agissez en fonction des réponses.”

Aaron Dignan

Un des rôles essentiels du dirigeant est de créer un environnement qui permette à chacun d’expérimenter en toute sécurité et d’assurer la pérennité de cet environnement sécurisé.

Vous voulez changer d’approche pour votre entreprise ? Ne plus décider comme si c’était un machin complexe, mais devenir ce jardinier qui accompagne la vie, la facilite en collaborant avec tous ? Prenez contact avec nous pour en parler sans aucun engagement de votre part.

Cet article vous a plu ? Laissez votre commentaire en-dessous du texte, likez-le et transférez le à votre réseau.

Que votre vie soit belle,

Pierre

Des liens pour aller plus loin :

– Formation gratuite en 6 vidéos de 2 à 5min pour appréhender le changement dans l’entreprise. Par Aaron Dignan. Très inspirant. https://www.linkedin.com/learning/aaron-dignan-on-transformational-change/

Photos : Mustang Joe, Janisos, Marc Pacual

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *