Et si les entreprises devenaient sans but lucratif ?

Connaissez-vous Blake Mycoskie ? Je l’ai découvert au hasard d’une vidéo sur YouTube. Son histoire m’interpelle et génère en moi de l’espoir et de l’inspiration pour l’avenir du monde des entreprises et du monde tout court. Il incarne cette évolution des consciences qui se produit depuis quelques années déjà dans la tête, les tripes et le cœur de nombreux entrepreneurs.

Blake Mycoskie est le fondateur et “Chief Shoe Giver” de TOMS, une entreprise américaine qui produit et vend des chaussures.

Les débuts de TOMS

L’histoire commence en 2006. Blake qui est déjà un entrepreneur à succès est en vacances en Argentine. Il y fait la connaissance d’une bénévole, américaine comme lui. Elle s’est mise au service d’une organisation offrant des chaussures à des enfants déshérités. Pour ce faire, les volontaires vont collecter des chaussures usagées dans des quartiers favorisés de Buenos Aires et les redistribuent dans les banlieues pauvres de la ville. Interpelé par cette initiative, Blake décide d’accompagner sa nouvelle amie lors des campagnes de distribution de chaussures aux enfants. Il en revient bouleversé :

« Cette expérience a profondément éveillé ma conscience. Oui, je savais que, dans le monde, des enfants pauvres se promenaient à pieds nus, faute de chaussures. Mais là, pour la première fois, j’ai vu les véritables conséquences d’une vie sans chaussures : les ampoules, les plaies, les infections…« 

De retour de ces expéditions, il se demande ce qu’il peut faire à son niveau. Son esprit d’entrepreneur ne tarde pas à lui suggérer une idée simple et géniale qu’il appellera le « One for One » : pour chaque paire de chaussures vendue, une paire est offerte à quelqu’un qui en a besoin. TOMS Shoes est né.

Si vous souhaitez découvrir les détails de l’histoire de la création de cette entreprise pas comme les autres, je vous invite à visionner la conférence que Blake a donnée en 2016. Vous trouverez le lien en bas de cet article. En 2013, plus de 10.000.000 de paires de chaussures avaient déjà été offertes en application du « One for One ». Depuis, l’aventure continue.

Une entreprise commerciale sans but lucratif

Blake Mycoskie fait partie de ces entrepreneurs qui sont passés du succès au sens. Avant de créer TOMS, il avait déjà lancé et développé plusieurs entreprises dans divers domaines allant de la blanchisserie aux médias en passant par des cours virtuels de conduite. Le succès mesuré par le profit, la richesse et le pouvoir, il connaissait. Et puis, un jour, dans ces quartiers pauvres de Buenos Aires, il a compris que plutôt que de vivre une vie à succès, il était appelé à beaucoup plus, à vivre une vie pleine de sens, en donnant un sens d’un tout autre ordre à ses entreprises.

Lors d’une conférence en 2010 au Global Leadership Summit, quelqu’un lui demanda pourquoi il n’avait pas créé une asbl (Association Sans But Lucratif) plutôt que de développer une société commerciale. Sa réponse ne se fit pas attendre : s’il avait fait de TOMS une asbl, il aurait dû récolter des dons pour acheter les chaussures et les redistribuer aux plus pauvres. Il aurait peut-être réussi à offrir 10.000 voire 100.000 paires de chaussures. Cela aurait déjà été un résultat extraordinaire. Mais à chaque fois il aurait été limité par la hauteur des dons.

En se basant sur un modèle commercial, il crée un système qui assure ses propres revenus. Mais plutôt que de faire tourner son entreprise dans un but lucratif, il lui donne un vrai sens (le profit a-t-il du sens en soi ?) et ce sens devient le moteur de l’entreprise. Là où générer toujours davantage de profits épuise l’entreprise et surtout celles et ceux qui y travaillent, ce sens au service d’un monde meilleur booste l’organisation, ses collaborateurs et ses clients. Les clients deviennent des consom’acteurs épanouis et heureux d’être invités à contribuer à créer ce monde meilleur (voir aussi la conférence de la chocolaterie Galler, lien en bas de cet article).

TOMS est-elle est encore une entreprise à but lucratif ? Personnellement je ne le pense pas. Sur son site internet, la raison d’être de l’entreprise est résumée de la sorte :

« Notre mission est simple : améliorer des vies grâce à notre entreprise. »

Un rêve

Personnellement, j’ai un rêve. J’aspire à un monde où toutes les entreprises et leurs actionnaires intègrent que cela n’a pas de sens de générer du profit pour du profit, un monde où les entreprises comprennent qu’elles sont des outils puissants pour « améliorer des vies », préserver la planète, construire un avenir meilleur pour tous… des entreprises dont le cœur se résume comme le dit Blake au mot « giving ».

Ce rêve j’ai l’impression d’être le témoin de son avènement. Chaque semaine, je découvre de nouvelles initiatives qui vont dans ce sens. Certains me traiteront de rêveur (je le revendique), ils diront que j’ai une vision de bisounours (je ne le pense pas). Il y aura toujours des entrepreneurs et des financiers avides de profits, mais je constate tous les jours autour de moi que la grande majorité des humains sont généreux et trouvent leur épanouissement dans le don de soi à leur famille, à leurs amis, dans leur job lorsque celui-ci fait sens. Je constate aussi que de plus en plus de jeunes m’appellent après une ou deux années d’expérience professionnelle en me disant leur malaise par rapport au non-sens de l’entreprise pour laquelle ils travaillent. Ils me disent qu’ils vont la quitter pour trouver un job qui fait sens.

Les entreprises qui ne se mettent pas dès aujourd’hui à construire un monde meilleur auront de plus en plus de difficultés à trouver des collaborateurs motivés. Comme je le disais en début d’article, nombreux aussi sont les patrons qui font cette même démarche, celle de se connecter à un vrai sens en remettant le profit à sa juste place, à savoir celui de moyen indispensable au service d’une raison d’être plus élevée.

Je pense aussi bien sûr à des pionniers comme Emmanuel Faber (ex CEO de Danone), plusieurs entreprises libérées comme FAVI, Poult, Harley Davidson et d’autres. Ils ont fait évoluer la raison d’être de l’entreprise qu’ils dirigeaient pour la mettre au service de l’homme et de la planète. Malgré le succès de leurs entreprises pendant de nombreuses années, ils se sont fait débarquer par des actionnaires tout puissants, centrés sur le toujours plus de profits à court terme.

Il restera toujours des égoïstes en souffrance, mais j’ai la naïveté de croire que la majorité de nos entreprises entrera dans les 10 années à venir dans une mutation profonde vers plus de sens et de respect de l’humain et de la planète. Nous pouvons chacune et chacun y contribuer à notre niveau en tant qu’entrepreneur, que consom’acteur ou qu’employé attentifs et conscients.

Que votre journée soit belle,

Pierre

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