4ème Clé – Entrer dans l’impossible-possible ?

… Choisir de vivre tout de suite en me posant la question « que ferait l’Amour ? »

Dans mes 2 articles précédents, « Apprivoiser mes dragons » et « la peur ou la confiance ? », nous avons rencontré le dragon père, ma peur de la souffrance et de la mort, et ses 3 enfants, le dragon de l’insécurité, le dragon de la comparaison et le dragon de l’idolâtrie… 

Ayant découvert ces quatre dragons, probablement avez-vous engrangé certaines victoires ? 
La vallée des dragons vous semble-t-elle interminable et eux trop puissants ?
Vous vous dites peut-être : « C’est bien beau, c’est bien vrai, mais c’est impossible ! »

Vous me rassurez, vous êtes normal !

Si vous ne le pensez pas maintenant, le concret de la vie et des douleurs de l’accouchement se chargeront de vous faire ressentir ce cri jusqu’aux entrailles : C’EST IMPOSSIBLE !

Le mur de l’impossible

Nous passons tous par ce passage un jour ou l’autre, le mur de l’impossible, un mur immense qui voudrait nous empêcher d’entrer dans le vrai combat contre tout ce qui détruit la vie (c’est ce qu’on appelle la violence) et avec tout ce qui lui permet de refleurir. C’est à cet endroit du chemin que je me trouve quand je sors de la forteresse et que j’essaye de traverser la vallée des dragons, la vallée de mes peurs.

Laurien Ntezimana, un ami rwandais est un maître de ce passage. Il l’a vécu de nombreuses fois, dans des situations beaucoup plus extrêmes que la plupart d’entre nous, en choisissant de rester dans son pays, pendant le génocide et après, quels que soient les menaces et les risques. Il témoigne avec force.

« Le journaliste – Les Rwandais disent que la mort est considérée comme leur compagne. Avez-vous déjà échappé à la mort, Laurien ?

Laurien – Oui, plusieurs fois… Il m’est arrivé qu’un ami militaire me dise : « Laurien, ne dors plus deux fois au même endroit parce que je sais qu’il y a des gens qui cherchent à te faire du mal. » Et moi je lui ai dit : « Non, je vais dormir chez moi. » Il y a des situations où l’on sent la mort rôder autour de soi. Mais justement, parlons-en un peu de cette mort-là. Ça va vous étonner mais pour moi la mort ne me concerne pas.

Le journaliste – Mais n’avez-vous pas peur de la mort ?

Laurien – J’ai peur de la mort au moment où quelqu’un sort un couteau ou un fusil, là j’ai peur. Mais quant à dire qu’on va me tuer demain ou après-demain, ça je n’en ai pas peur. Parce que si je me mets à avoir peur de mourir demain ou après-demain, je commence à mourir maintenant, c’est-à-dire que cette peur devient meurtrière. […] Si je me dis : « je ne vais pas agir parce que je vais mourir », alors je commence à mourir aujourd’hui. Mais si je me mets à agir en disant tant pis, alors là je suis vivant jusqu’au dernier moment. Pour moi, c’est ça le choix à faire. Nous avons au Rwanda très souvent le choix entre la mort et la mort. Tu peux te dire : « si je parle, on me tue », mais si tu ne parles pas, on est en train de tuer des gens et on peut te tuer aussi. Alors il faut choisir sa mort : non pas mourir aujourd’hui, à petit feu, tout le temps, parce que j’ai peur de parler, j’ai peur d’agir ; mais décider d’agir et de parler, quitte à être tué, parce que si tu ne parles pas, on risque aussi de te tuer. »

Si j’ai peur de souffrir/mourir, je commence déjà à souffrir/mourir… 

Même dans des circonstances beaucoup moins extrêmes que Laurien, si je ne dépasse pas ma peur de souffrir ou de mourir à une part de moi-même, je risque de perdre le sens de la vie.

Je suis là dans un passage où ma liberté est en jeu… 
De quoi ai-je besoin pour oser ce pas, pour passer le mur de l’impossible ? 
Écoutez ce qui se dit en vous. 
Conscientiser et nommer mes freins et mes besoins face au mur de l’impossible ouvre grand les portes à la synchronicité (alignement entre nos pensées et la réalité). 

Si vous avez des difficultés à nommer vos besoins, alors votre besoin est probablement de retrouver de la clairvoyance : « que je vois clair à nouveau ! » 
Sans doute avez-vous déjà vu clair, mais en cet instant vous ne voyez plus le sens (la direction, la signification, la résonance en vos profondeurs) de ce chemin sur lequel vous vous êtes engagé ?

Entrer dans l’impossible-possible !

Le monde de l’entreprise est lui aussi imprégné de la peur même si on n’en parle presque jamais. Elle met chacun de ses acteurs devant la désagréable sensation de ne pas maîtriser des tas de choses : d’abord la façon dont les résultats de ses efforts vont être jugés mais aussi les changements incessants et toutes les incertitudes qui y sont liées… la peur reste silencieuse parce qu’elle est trop souvent vue comme un danger, comme un aveu de faiblesse. Depuis l’enfance, on nous a appris à cacher notre peur… pas seulement aux autres : nous avons peur de notre peur ! Pourtant, elle est un état normal des personnes dans l’entreprise, conscient pour certains, inconscient pour d’autres. Beaucoup de managers et de mode de gouvernance s’en sont servi ne faisant que renforcer l’aspect destructeur de la peur. On en voit clairement les résultats dans le mal être de tant de personnes dans leur travail (d’après Gallup, seule 1 personne sur 10 est engagée aujourd’hui dans son travail) et aussi dans la multiplication des processus, indicateurs de performance et responsables qui essayent de contrer ces peurs mais arrivent surtout à rendre nos entreprises de moins en moins flexibles et efficaces. J’ai présenté les études de l’institut de sondage Gallup, du Boston Consulting Group et de Google, qui mettent en évidence ces réalités, dans mon article « Comment nos équipes peuvent booster nos entreprises ».

Heureusement, certains dirigeants et leurs collaborateurs, certaines entreprises ont décidé de sortir de ce système morbide. Ils ont décidé de mettre la confiance au cœur de leur entreprise. Cela implique d’oser dire la vérité… Oser nommer ce qui fait peur libère car l’incertitude et le silence entraînent souvent plus de peur que la situation difficile. L’authenticité et la lucidité vont au contraire fédérer les énergies, la créativité et le « sursaut de la dignité »… si on laisse chacun prendre des responsabilités et agir.

Bertrand Martin parle de cette expérience dans son livre « Oser la confiance ». Ensemble, ils ont réussi à sauver leur entreprise et la rendre prospère… tout en apprenant à vivre avec leurs peurs.

Ainsi, peu à peu, sont sorties les conditions de la libération de l’énergie :

  • La franchise sur la réalité de la situation.
  • L’appel à tous qui reconnaît la valeur de chacun et solidarise l’entreprise.
  • Pas d’exclu.
  • L’écoute préalable à toute déclaration pour ouvrir le champ sans limites.
  • La liberté jusqu’au bout, sans contrôle, qui responsabilise et permet l’appropriation.
  • La confiance jusqu’au bout qui appelle la confiance.

Vérité, liberté, confiance sont des absolus non manipulables car la dignité de l’homme est en jeu.

Pour la hiérarchie, il s’agit de partager un peu de son pouvoir; pour le personnel, il faut oser franchir le pas de la soumission à l’engagement, de l’obéissance à l’autonomie et à la responsabilité. Les changements fondamentaux ne se décrètent pas. Ils ne peuvent résulter que d’un long et difficile cheminement. […] Les premiers qui passent font passer les autres et les plus réticents finissent par se décider. Il faut pour cela montrer l’étoile et vaincre les peurs. C’est un travail de chaque instant. Chaque événement quotidien, chaque parole, chaque décision est l’occasion d’un éveil de la vie ou d’une fermeture et d’un repli sur soi. Aucun instant n’est jamais neutre.1

… On pourrait paraphraser : « il faut traverser la vallée des dragons ! »

La peur ou l’amour au volant ?

Pour terminer cette traversée de la vallée des peurs, je voudrais m’appuyer sur l’expérience de Margaux Hammann2. Elle a quitté une vie qui ne lui correspondait plus pour un long voyage autour du monde.

La question qu’on lui a le plus posé, avant, pendant, depuis son voyage est : « Mais t’as pas eu peur ? ». Elle a réalisé que « le monde entier est mort de trouille et ça ne choque personne ! 
À petite dose la peur est utile, elle a permis à la race humaine de survivre mais aujourd’hui, elle nous empêche carrément de vivre ! […] Seulement 8 % de nos angoisses sont basées sur des menaces réelles. Toutes les autres sont basées sur nos projections mentales : la peur n’est pas dans la situation observée mais dans l’esprit de celui qui l’observe. […] Ça m’alerte vu la place toujours plus grande de la peur dans nos vies et nos sociétés. En revanche ce qui me rassure, c’est que j’ai compris combien l’être humain pouvait choisir son expérience, décider consciemment d’observer une même situation sous l’angle de la peur ou de l’amour. Comment fait-on ça ? C’est très simple, on se pose une question : QUE FERAIT L’AMOUR ? […] Vous verrez que là où la peur vous incite à la timidité, l’immobilisme, la lâcheté, la colère, l’égoïsme, la violence, la condamnation, au jugement… à la guerre finalement ; votre cœur vous incitera toujours à la confiance, l’indulgence, la bienveillance, la compassion, au don, au parti pris de ne pas juger, au partage, à l’intimité, à la générosité, à l’ouverture, à la paix ! 
La voix de la peur ou la voix de l’amour ? 
La voix du mental ou la voix du cœur ? 
Qui allons-nous choisir d’écouter ? 
C’est important pour soi et pour le monde ! 
Le système de la peur ne sera pas démantelé en un jour, il a besoin de chacun de nous pour commencer à s’effriter : assumons d’être en décalage ! Dans un monde qui flippe et se contient, assumons d’aimer et d’oser nous lancer ! 
»

Comme je l’ai développé dans mon 1er article sur la 4ème clé, « Apprivoiser mes dragons », la peur, comme toutes les émotions, est une messagère… Accueillons-la comme un indicateur sur notre tableau de bord mais ne lui laissons pas prendre le volant : gardons le volant dans les mains de l’amour !

 « Ce monde se guérira par des pensées d’amour, une pensée à la fois ! Il n’existe pas de grandes actions, juste des petites actions accomplies avec un grand amour ! »

Mère Teresa

 « N’ayez pas peur du bonheur, ce n’est qu’un bon moment à passer ! »

Romain Gary
Je ne vais pas me débarrasser de mes peurs, elles font partie intégrante de ma réalité humaine, mais si j’ose les traverser, je ne serai plus possédé, ni piloté par elles. Elles me délivreront les messages qu’elles ont pour moi et me laisseront libre d’agir… Je pourrai entrer dans « l’impossible-possible ! » Un premier pas peut être de prendre conscience que si je n’agis pas, ou si j’agis autrement, parce que j’ai peur de mourir ou de souffrir, je commence à mourir et à souffrir maintenant… et de me décider de vivre tout de suite… En me posant la question : Que ferait l’amour ?

Dans mon prochain article, nous aborderons la 5ème clé de la transition : « Découvrir ma puissance en temps de crise ».

D’ici là je vous souhaite d’entrer de plus en plus dans l’impossible-possible et de choisir l’amour !

Benoît

Photos : Pixabay

Citations: 1. Bertrand Martin, Vincent Lenhardt, Bruno Jarrosson, Oser la confiance, Eyrolles, 2017, p. 33 et p. 41

2. Et si on arrêtait d’avoir peur ? TEDxReims, https://www.youtube.com/watch?time_continue=2&v=xKSSEHbRXcM


POUR APPROFONDIR

Deux livres sur le thème de la confiance :

  • Oser la confiance, Bertrand Martin, Vincent Lenhardt, Bruno Jarrosson, Eyrolles, 2017
  • La vitesse de la confiance, Stephen M. R. Covey, Rebecca R. Merrill, Mango publishing

Vous trouverez sur https://www.m-h-d.be/sept-cles-de-la-transition

  • une présentation des 7 clés de la transition,
  • un schéma résumé
  • l’accès à tous les articles que j’ai déjà publié sur le sujet
  • la possibilité de télécharger gratuitement un Ebook… une mise en bouche !

Auteur/autrice : Benoit Thiran

Formateur, coach et facilitateur. Mon bonheur est de vous aider à faciliter le déploiement de la Vie, personnellement et dans votre organisation! J’ai une expérience professionnelle depuis 1988 dans l’accompagnement des relations et du changement dans des secteurs variés. Créateur du Tableau de Bord du Management-Humain-Durable et des 7 clés de la Transition. Ces deux approches permettent de mobiliser le potentiel des personnes et de l’organisation ! On me caractérise souvent comme un impulseur, un éveilleur, un passeur…

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