5ème Clé – Découvrir ma puissance en temps de crise

Il existe une autre voie que mes réactions automatiques !

Pour faire face aux crises que nous traversons, se pose la question des moyens mis en œuvre tant pour solutionner les grands défis de notre temps, que pour faire face à nos défis personnels.

Sur notre chemin des « 7 clés de la transition », après 3 articles sur la 4ème clé « apprivoiser mes peurs/dragons », nous rentrons maintenant dans la 5ème clé « découvrir ma puissance en temps de crise ». Dans cet article, nous commencerons par prendre conscience de nos réactions automatiques quand nous sommes insécurisés, de leurs conséquences destructives et d’une alternative qui nous permet de rester dans la construction de la Vie. 

Prendre conscience de nos réactions automatiques quand nous sommes insécurisés

Obstacles, difficultés et à fortiori violence… Dès que nous ne nous sentons pas en sécurité, c’est notre cerveau reptilien qui prend le contrôle. Il est chargé de notre survie et est beaucoup plus rapide que notre néocortex qui nous permet de prendre du recul et de réfléchir. Il s’agit donc d’un « pilote automatique interne » qui prend les commandes et qui n’a, malheureusement, que trois réactions, les 3 F : Fight (attaque), Flight (fuite) et Freeze (inhibition). Elles correspondent tout naturellement aux deux réactions à la violence de loin les plus répandues, que nous appelons dans le jargon non-violent :

  1. « La contre-violence » (fight) : contre-attaquer, nous battre et essayer de gagner. On m’a fait violence, je réagis par la violence, si possible plus forte pour reprendre l’avantage.
  2. « La passivité et la fuite » (flight et freeze) : fuir la situation pour me mettre à l’abri, ne rien faire pour éviter d’envenimer la situation, me taire, ne pas mettre de l’huile sur le feu, etc., en espérant que cela passe !

Notre cerveau reptilien croit veiller à notre survie et pourtant nous conduit dans une voie sans issue. Ces réactions (3 F), contre-violence et passivité, ne permettent pas de transformer de manière durable les mécanismes de destruction dans lesquels nous sommes coincés. Au contraire, elles ont tendance à les renforcer. Ce sont en fait deux des formes de violence.
Aucune de ces options ne conduit à la vie ! Elles alimentent chacune à leur façon la violence, enferment le conflit dans deux uniques issues : gagner sur l’autre ou perdre face à l’autre, nous détournant ainsi de l’unique voie qui garantisse la vie à long terme : « gagner » ensemble.

Si j’ai recours à la contre-violence et que je perds, spontanément je chercherai une meilleure occasion pour reprendre le dessus. Si je gagne, l’autre attendra l’occasion de prendre sa revanche pour reprendre la « bonne place », celle du gagnant. C’est l’escalade de la violence qui se renforce.

S’il ne peut pas le faire avec moi, il risque de rechercher cette place-là avec d’autres et donc de retourner cette violence qui lui est faite sur d’autres. C’est la chaine de la violence qui se propage.

Si au contraire j’ai recours à la passivité, la « violence-mère » (celle qui m’est faite), loin d’être stoppée, continuera ses ravages. C’est le refoulement de la violence qui se retourne contre moi et continue en dehors de moi.

L’exemple vécu par Martin Luther King et ses amis dans leur lutte contre la ségrégation à Montgomery est parlant. Dès le début, le boycott des bus connait un grand succès, au-delà des espérances des organisateurs. Les gens sont enthousiastes de cette nouvelle forme d’action qu’est la non-violence. Mais au bout de quelques temps surviennent les persécutions : menaces, attentats contre des personnes et des lieux fréquentés par les noirs. Quand les premières persécutions ont fait des victimes, beaucoup ont pris peur. Les proches de Martin, pris de panique, viennent le voir : « C’est dangereux la non-violence ! » Il leur explique alors qu’il les a invités à un combat : tout combat comporte des risques. Si l’on choisit la violence, le risque est évident. Mais il est illusoire de croire que la passivité n’en comporte pas. C’est vrai qu’en restant passif, on ne rajoute pas le risque direct lié à tout combat, mais on continue à « manger à la petite cuillère » tout au long des jours, des mois, des années, l’injustice et la violence qui nous est faite… Nous et nos enfants après nous. C’est le risque indirect, moins visible mais permanent, lié à la passivité : celui de la servitude et de l’esclavage !

Comme dans la violence tout est une question d’équilibre des forces, de relation de pouvoir, la violence-mère deviendra de plus en plus forte. En effet, au bout d’un temps, le gagnant finit toujours par avoir peur de perdre sa position dominante par rapport aux passifs. Il a peur qu’ils reprennent des forces, du courage et se révoltent. Peut-être même que quelque part en lui, il sait que cette position n’est pas tenable, alors pour assurer sa position, il intensifie la violence1.

Contre-violence et passivité & fuite sont donc deux formes de violence, deux voies qui détruisent la vie… 
Deux voies sans issue pour notre quête de transition… Nous sommes une fois de plus prisonniers d’une illusion, celle qui a enfermé notre possibilité de nous engager dans un choix binaire : contre-violence ou passivité ! 

Je voudrais ici donner trois exemples concrets vécus en entreprise pour illustrer ce passage au sein de la violence que nous traversons tous un jour ou l’autre dans nos chemins de transition. 

Le premier se passe dans une organisation internationale « en voie de libération ». Elle essaye de mettre la confiance, l’autonomie et la responsabilisation au cœur de leurs nouveaux modes de gouvernance. Une équipe de terrain, dans un pays du Sud, a ressenti le besoin de se faire accompagner. Ils ont fait tout un processus collectif pour préciser leurs besoins, contacter et choisir des intervenants, en y incluant leur hiérarchie directe dans la maison-mère en Europe. Ils sont enthousiastes du résultat et impatients de commencer l’accompagnement. Mais le directeur RH refuse le contrat, disant : « Ce n’est pas de cela dont vous avez besoin ! Nous allons vous envoyer le formateur-coach qu’il vous faut ». 
La première réaction des membres de l’équipe, bien légitime, est l’écœurement. On leur parle de confiance, on les encourage à devenir plus autonome, à prendre leurs responsabilités… Et dans la réalité, c’est tout l’inverse. En plus, ce n’est pas un cas isolé. Ils ont vécu la même chose avec le département informatique pour le choix d’un programme et avec le responsable des finances pour les budgets. On peut clairement sentir deux types d’énergie dans le groupe :

  • Celle de la colère, de la contre-violence, qui aurait envie « d’exploser » ce directeur RH (et les autres aussi), de montrer qu’il n’est pas à sa place et de le faire éjecter.
  • Celle du découragement, de l’impuissance : «À quoi bon »… « Nous risquons d’y perdre des plumes »… « De toute façon, c’est perdu d’avance »… C’est ce que nous avons nommé la passivité.

Le groupe vit une violence… Cela les divise. S’ils se laissent contaminer et entrent à leur tour dans une forme de violence, seule cette dernière sera gagnante ! Et en tout cas pas le processus de libération auquel ils tiennent. Heureusement, j’ai pu les aider à changer de regard :

  • À voir une opportunité dans l’irruption de cette violence plutôt qu’une catastrophe : elle met en évidence, elle montre ce qui était caché !
  • À ne plus orienter leur colère contre le responsable RH, le responsable

informatique ou financier (contre la part de la hiérarchie qui n’est pas cohérente), mais à orienter leur colère pour faire avancer la clarification des modes de gouvernance, de l’autonomie des projets du Sud et de la collaboration avec les services centraux.

Plutôt que le groupe se divise, les uns abandonnant, les autres partant en guerre contre les « méchants », ils ont retrouvé leur unité et une sacrée énergie pour conscientiser l’organisation sur ce problème et mobiliser des « cercles de solidarité ».

Le deuxième et le troisième exemple sont interpersonnels. Durant une séance de coaching, un homme me confie ses problèmes avec son chef qui lui a fait récemment deux coups bas. Il est intarissable, ramène plusieurs histoires plus anciennes, ses énergies oscillent entre les deux pôles : contre-violence et passivité. Au bout d’un moment, je l’interpelle : « Arrête un instant de me parler de ton chef. Parle-moi de toi. Qu’est-ce que ça fait en toi tout ça ? » Revenir sur lui, sur ses sensations et ses besoins lui a permis de sortir du courant qui l’entraînait et de réorienter ses énergies vers ce qu’il désire vivre avec son chef et semer dans sa vie.

Un autre cadre que j’accompagnais, ne voyait plus que le rayé de son CEO et son propre transparent… impossible d’ouvrir la Roue du Changement de Regard, au point d’être paralysé dans la recherche de pas concrets pour avancer. Il se savait perdant s’il tentait la contre-violence, la passivité ou la fuite… Il ne voyait que des voies sans issue, il était très tendu ! Je lui ai proposé de réfléchir à la situation comme si elle s’était passée avec moi, ou avec quelqu’un avec qui il entrevoyait un futur possible : d’écrire le transparent et rayé de chacun et ce qu’il proposerait comme pas concret pour débloquer la situation. Il est sorti de son reptilien et a trouvé des pistes sur la voie de la non-violence active.

Il existe une autre voie ! 

Depuis la nuit des temps, dans toutes les cultures, toutes les traditions, elle est là, discrète, enchâssée dans l’histoire (mais très peu dans les livres d’histoire officielle), comme cachée. Ce n’est que Gandhi, au début du XXe siècle, qui l’a nommée et fait sortir de l’anonymat. Il l’a nommée « la non-violence » (Ahimsa) et « la force de la Vérité » (Satyagraha).
D’autres se sont joints à Gandhi et, petit à petit, depuis plus de 100 ans2, cette autre voie s’approfondit, s’enracine dans notre monde et se précise. « Non-violence active »« Bonne Puissance », « Force de l’Amour », « Fermeté permanente », autant de termes qui ont servi à désigner cette même attitude pour laquelle on n’a pas encore trouvé un mot qui les résumerait tous.

Ils ont transformé le monde !

Est-ce réservé à des surhommes ? 
Pourquoi ne pas se laisser inspirer par eux ? 
Tous les trois ont insisté : 

On ne nait pas non-violent, on le devient…

La non-violence active est un levier puissant d’épanouissement personnel, relationnel et de transformation pour oser vivre ce qui nous fait vibrer et pour libérer la capacité d’innover en intelligence collective.

 « Retournez-la sur toutes ses coutures : la violence, c’est le suicide de l’homme. Seule la non-violence, enchâssée sinon cachée dans presque toutes les traditions religieuses et philosophiques, conduit à l’espoir. »

Gandhi

« A mon avis, la non-violence n’a rien de passif. Elle est, au contraire, la force la plus active du monde. Elle est la loi suprême. Je n’ai pas encore rencontré de situation qui m’ait laissé complètement dépourvu en termes de non-violence. Il s’est toujours présenté à temps un remède. Cependant, la non-violence suppose avant tout qu’on soit capable de se battre. Mais en même temps, il faut consciemment et délibérément réprimer tout désir de violence. Ma non-violence n’admet pas qu’on s’enfuie du danger en laissant les siens sans aucune protection. Il est tout aussi impossible de prêcher la non-violence à un lâche que de faire admirer un beau paysage à un aveugle. La non-violence est le summum du courage. »

Gandhi

On comprend dès lors pourquoi Gandhi se sentait plus proche d’une personne qui réagit avec contre-violence que d’une personne qui reste dans la passivité. Le « contre-violent » s’engage pour combattre le mal, l’injustice, la violence, il prend des risques pour cela. Entre le « non-violent » et lui, seuls les moyens diffèrent.

La non-violence active (NOVA) permet d’entrer dans une logique de construction. Malheureusement, elle est encore fortement méconnue. Trop souvent, les personnes pensent que la NOVA c’est « dire non » à la « violence agressive », ce que nous avons nommé la contre-violence. En fait, la NOVA c’est aussi « dire non » à la passivité et à la fuite, ce qui est au moins aussi important, parce qu’il y a beaucoup de « violence passive »… 

Nos organisations regorgent de personnes qui, après avoir essayé de dire ou de faire changer des disfonctionnements, finissent par laisser tomber parce que « de toute façon ça ne changera jamais » ou « ce n’est pas ma responsabilité », etc.

La non-violence active dit « non » à la contre-violence agressive, et « non » à la passivité et à la fuite
Elle demande un travail de conscience, pour sortir de nos « mécanismes automatiques » (les 3F), et un travail de vérité, pour recentrer nos énergies sur le cœur du problème.

Agir avec la « Bonne Puissance » n’est pas naturel, cela demande de l’entrainement, mais c’est la garantie de pouvoir traverser les crises tout en semant la vie pour l’avenir.

« On ne naît pas non-violent, on le devient petit à petit. »

Jean Goss

En terminant cet article, j’ai à cœur de vous partager un résumé que j’ai composé à partir d’extraits du podcast réalisé par « La Force de la non-violence » avec Jean-François Bernardini, fondateur et chanteur du groupe corse I Muvrini et président de la fondation Umani… clarifiant, inspirant, en synergie avec ce qui précède.

Les neurosciences confirment aujourd’hui que notre nature est beaucoup plus non-violente que violente, nous sommes des êtres d’empathie, de coopération. Les forces qui désempathisent  aujourd’hui sont extrêmement puissantes… Nous sommes déconnectés de notre vraie nature, c’est une attaque profonde contre notre âme. Il y a une malbouffe verbale, comportementale et de la pensée… Les industries du divertissement font du très bon boulot pour cela parce que la violence est d’une puissance commerciale immense. La violence est un marché et surtout dès qu’elle est là, on ne parle plus que d’elle. Elle est une aubaine pour les systèmes : face à la violence et la contre-violence, le peuple se retire. La non-violence n’est pas un mouvement contre la violence. La violence est une énergie, comme le vent, comme le soleil. Il ne s’agit pas de la condamner ou de la combattre, c’est inefficace… Il s’agit de la recycler, de la transformer ! Il s’agit d’abord nous reconnecter à ce que nous sommes vraiment au fond de nous ; d’abord de nous détoxer du spectacle de la violence et constater l’inefficacité et l’incompétence universelles de la violence à régler quelque problème que ce soit, dans les salles à manger, dans les entreprises, dans les rues ou même face aux dictateurs. Il y a tout un travail de détox à faire : entre la violence et la lâcheté, il y a une troisième voie ! Tu peux apprendre à être fort sans la violence ! « Tout âme porte en elle les ressources et l’obstination à vivre debout même dans une société injuste » (extrait de « déclaration des droits de l’âme », album Invicta). Nous sommes tous appelés à devenir de plus en plus compétents en non-violence : Il s’agit de réalphabétiser tout un chacun.  Le miracle de la non-violence c’est qu’elle nous reconnecte avec le disque dur empathique. Ce qui se passe dans la communauté, c’est aussi mon affaire… Dès que vous déclenchez ce moteur-là, c’est extraordinaire.  Il nous faut des bataillons de gens formés à la non-violence, il y a urgence ! Dans quelques années la non-violence sera aussi banale que de se laver les mains !

Dans mon prochain article, nous aborderons comment, avant de réagir, prendre soin de la violence qui m’habite… une façon de sortir de la réaction (automatique) pour entrer dans l’action (choisie).

D’ici là je vous souhaite de devenir de plus en plus conscient de vos réactions automatiques… et de commencer à en sortir !

Benoît

Photos : Pixabay

Notes : 1. Cette dynamique a été très bien mise en évidence par les psychologues dans le cas des femmes battues. 
C’est aussi sur cette dynamique que se construisent tous les régimes totalitaires, renforçant ainsi peu à peu leur contrôle sur l’ensemble des populations.
2. 1893-1915, premier combat non-violent de Gandhi en Afrique du Sud.

POUR APPROFONDIR

Nous venons de nous pencher sur 3 réactions à la violence. Dans la 2ème clé de la transition, « changer mon regard », nous avons vu ensemble « où commence la violence ? », ses mécanismes et comment en sortir avec un outil très utile, la Roue du Changement de Regard ?… un complément essentiel pour ceux qui ne l’ont pas lu, ou ne s’en souviennent pas.
Si vous désirez entrer dans cette esprit et démarche de NOVA dans votre équipe, votre organisation ou votre entreprise, le Tableau de bord du Management-Humain-Durable a été crée à cet effet… Si vous voulez vous y former, la session « Communiquer de manière vraie et exercer son autorité de manière non-violente » est faite pour vous… Une session d’été va bientôt être mise en ligne.

Le podcast réalisé par « La Force de la non-violence » avec Jean-François Bernardini

Vous trouverez sur https://www.m-h-d.be/sept-cles-de-la-transition

  • une présentation des 7 clés de la transition,
  • un schéma résumé
  • l’accès à tous les articles que j’ai déjà publié sur le sujet
  • la possibilité de télécharger gratuitement un Ebook… une mise en bouche !

Auteur/autrice : Benoit Thiran

Formateur, coach et facilitateur. Mon bonheur est de vous aider à faciliter le déploiement de la Vie, personnellement et dans votre organisation! J’ai une expérience professionnelle depuis 1988 dans l’accompagnement des relations et du changement dans des secteurs variés. Créateur du Tableau de Bord du Management-Humain-Durable et des 7 clés de la Transition. Ces deux approches permettent de mobiliser le potentiel des personnes et de l’organisation ! On me caractérise souvent comme un impulseur, un éveilleur, un passeur…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *