Un Donut pour sauver le monde…

Connaissez-vous La Théorie du Donut ? C’est le titre du livre de Kate Raworth, une économiste anglaise. Son livre nous donne une nouvelle approche économique pour notre monde qui semble bien ne plus savoir où aller.

Vous trouverez dans cet article un résumé de ce livre qui n’a pas finit de faire parler de lui.

Cet été j’ai découvert le travail de Kate Raworth et lu son livre. Je souhaite vous partager mon enthousiasme et mettre entre vos mains cet outil qui rejoindra, je pense, beaucoup d’entre vous dans votre recherche d’une économie plus humaine et plus respectueuse de notre planète

Une nouvelle vision de l’économie

Enfin une économiste qui repense la théorie économique en y intégrant deux conditions à mes yeux incontournables :

  • Permettre de remplir les besoins de base de tous les êtres humains (fondement social)
  • Ne pas utiliser plus de ressources que celles que notre planète produit en un an (plafond écologique)

Pour illustrer ces deux conditions elle dessine un Donut qui montre que la seule approche viable pour l’humanité est de respecter coute que coute ces deux limites, à savoir le fondement social et le plafond écologique.

A partir de là, elle pose la question :

« Si le but de l’humanité au XXIème siècle est d’entrer dans le Donut, quelle conception économique nous offre les meilleures chances d’y arriver ? »

Kate Raworth

7 principes

Pour répondre à cette question, Kate Raworth propose 7 manières de penser l’économie au XXIème siècle. Pour chacune, elle rappelle d’abord le principe qui guide notre économie depuis le XXème siècle.  Elle le fait de manière pédagogique en retraçant l’histoire de l’évolution de ces différents principes. Loin d’être manichéenne ou jugeante, elle raconte en quoi ce fut une découverte importante et ce que cela a apporté à la réflexion économique. Elle montre les glissements, parfois par souci de simplification, parfois aussi dus à des visées idéologiques, qui nous ont menés dans une « voie sans issue ». Elle fait aussi apparaître quand la limite de la théorie actuelle ne réside pas tant dans ses hypothèses annoncées que dans celles absentes. Tout cela dans un langage abordable, avec beaucoup d’images et d’exemples.

Pour arriver à ces 7 propositions, Kate Raworth a réuni les principaux éclairages découverts en chemin et dans diverses écoles de pensée. Trop souvent, ces écoles restent cloisonnées, chacune se nichant dans ses propres revues, colloques, blogs, manuels et postes d’enseignements, cultivant sa petite critique de la pensée du siècle dernier. Dans sa réflexion et dans son livre, elle combine ce que chacune peut offrir et montre ce qui se passe lorsqu’elles dansent toutes ensemble…

Alors dansons avec elle… Voici un rapide avant-goût de ces 7 principes illustrés à chaque fois du résumé visuel qu’elle en donne en pages 42 et 43 de son livre.

1. Changer le but: du PIB au Donut

Au lieu de rechercher une hausse constante du PIB, il est temps de découvrir comment combiner équilibre et prospérité. Le défi, c’est maintenant de créer des économies, de l’échelle locale à l’échelle globale, qui contribuent à introduire l’ensemble de l’humanité dans l’espace juste et sûr du Donut.

2. Prendre en compte l’ensemble du tableau : du marché autonome à l’Economie intégrée

L’économie est actuellement décrite à partir d’une seule image extrêmement limitée : le schéma du Flux Circulaire dans lequel certains acteurs sont valorisés (le marché, les entreprises, la finance, le commerce), d’autres sont mis à la marge (l’état et les ménages) et d’autres acteurs essentiels sont carrément absents (la terre, la société, les communs et le pouvoir). Il est temps de revoir le scénario en donnant sa juste place à chacun dans un système intégré.

3. Cultiver la nature humaine : de l’homme économique rationnel aux humains sociaux adaptables

Au cœur de l’économie du XXème siècle se trouve le portrait de l’Homo Economicus, selon lequel nous sommes égoïstes, isolés, des êtres de calcul, dont les goûts sont immuables et qui dominent la nature. Il est temps de sortir de cette caricature, la nature humaine est bien plus riche : nous sommes entre autres des êtres sociaux, interdépendants, des êtres d’approximation, dont les valeurs sont fluides et qui dépendent du monde vivant.

4. Mieux connaître les systèmes : de l’équilibre mécanique à la complexité dynamique

Les théories de l’équilibre général entre l’offre et la demande, décrivant l’économie comme un système mécanique stable, ont dominé l’analyse macroéconomique jusqu’au krach financier de 2008. Nous savons maintenant qu’il vaut mieux y voir un système adaptatif complexe, composé d’humains interdépendants dans un monde vivant dynamique. L’idée que l’économie doit adopter l’analyse dynamique ne date pas d’hier. Elle ouvre de nouvelles perspectives (compréhension et actions), sur les cycles d’expansion et d’effondrement des marchés financiers, sur la manière dont l’inégalité économique se consolide elle-même, ou sur les points de bascule du changement climatique.

5. Redessiner pour redistribuer : de « la croissance aplanira tout ça » au distributif à dessein

Au XXème siècle, la courbe de Kuznets établissait que pour aider les plus démunis, il fallait favoriser l’expansion de l’économie, et les riches étaient les mieux placés pour cela. L’inégalité des revenus commençait par grimper, puis se stabilisait, et enfin retombait, pendant que l’économie continuait à croître. Au cours de la dernière décennie, le point de vue sur l’inégalité a connu un changement spectaculaire. Pourquoi ? Parce que le rendement du capital tend à augmenter plus vite que l’ensemble de l’économie, ce qui rend la richesse toujours plus concentrée… et aussi parce que les effets nuisibles (sociaux, politiques, écologiques et économiques) des inégalités ne sont devenus que trop évidents. Un nouvel état d’esprit apparaît :

« N’attendez pas que la croissance économique réduise les inégalités, elle ne le fera pas. Créez plutôt une économie qui soit redistributive à dessein ».

Kate Raworth

Pour cela, il faut modifier non seulement la distribution du revenu mais aussi celle de la richesse, du temps et du pouvoir. Kate Raworth esquisse 5 formes de distribution de la possession de la richesse : la terre, la création monétaire, l’entreprise, la technologie (les robots) et le savoir (les idées).

6. Créer pour régénérer : de « la croissance nettoiera tout ça » au design régénératif

La théorie économique présente depuis longtemps l’environnement « propre » comme un produit de luxe, que seuls les riches peuvent s’offrir. Cette idée était confirmée par la courbe environnementale de Kuznets, qui sous-entend, là encore, que la pollution doit empirer afin de pouvoir s’améliorer, et que la croissance finirait (un jour) par tout nettoyer. Mais cette loi n’existe pas : la dégradation écologique est simplement le résultat d’une conception industrielle dégénérative : prendre (énergie et matériaux)  » fabriquer  » utiliser  » jeter (chaleur perdue, déchets). Notre siècle a besoin d’une pensée économique qui propose une conception régénérative afin de créer une économie circulaire, et non linéaire, qui restaure, réutilise, régénère pour minimiser la perte de matière et de chaleur… Afin que les humains redeviennent des participants à part entière dans les processus cycliques de la vie sur Terre.

7. Être agnostique en matière de croissance : non plus accro à la croissance mais agnostique. 

Un des schémas de la théorie économique est si dangereux qu’il n’est jamais réellement dessiné : le trajet à long terme de la croissance du PIB. L’économie conventionnelle considère la croissance infinie comme une obligation, mais rien dans la nature ne croit à l’infini. Il ne sera peut-être pas difficile de renoncer à la croissance du PIB comme objectif économique, mais alors il sera bien plus ardu de surmonter notre addiction à cette croissance. Aujourd’hui, les économies ont besoin de croître, que cela nous permette ou non de nous épanouir : il faut au contraire des économies qui favorisent notre épanouissement, qu’elles croissent ou non. Ce bouleversement radical nous invite à devenir agnostique en matière de croissance et à explorer comment les économies actuelles accros à la croissance sur le plan financier, politique et social, pourraient apprendre à vivre avec ou sans elle… à entrer dans une notion de « suffisance » (« la sobriété heureuse », cf. livre de Pierre Rabhi)

En conclusion, Kate Raworth ne nous donne pas LA solution, elle nous

offre un véritable travail éducatif et aussi un cadre de référence, tant pour les chercheurs, les politiciens que pour les personnes engagées en entreprise…
Son dernier chapitre s’intitule « Nous sommes désormais tous des économistes » : à nous avec ces 7 points de référence de créer l’économie qui nous épanouira, nous permettra de vivre en harmonie avec notre planète et dont nous serons fiers.

J’y vois une profonde complémentarité avec le livre que je suis en train de finaliser sur « les 7 clés de la Transition » et la série d’articles que j’ai commencé depuis avril 2019, publiés sur le blog des leaders : un regard et un accompagnement de notre transition personnelle et relationnelle, pour nous aider à lâcher ce qui s’en va et accueillir ce qui vient ! C’est aussi ce que Kate Raworth nous offre, au niveau de notre économie. Merci ! Un livre à lire sans tarder… Et surtout à mettre en pratique !

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Je vous souhaite une bonne inspiration et surtout une mise en pratique créative et féconde.

Benoît

Des liens pour aller plus loin

Photos et schémas dans l’ordre d’apparition :  Kobby Mendez, Kate Raworth

Auteur : Benoit Thiran

Formateur, coach et facilitateur. Mon bonheur est de vous aider à faciliter le déploiement de la Vie, personnellement et dans votre organisation! J’ai une expérience professionnelle depuis 1988 dans l’accompagnement des relations et du changement dans des secteurs variés. Créateur du Tableau de Bord du Management-Humain-Durable et des 7 clés de la Transition. Ces deux approches permettent de mobiliser le potentiel des personnes et de l’organisation ! On me caractérise souvent comme un impulseur, un éveilleur, un passeur…

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