Les 10 commandements des entreprises innovantes

Plus que jamais, les entreprises sont appelées non seulement à fonctionner en réseau, mais à se structurer en réseau. Marc Halévy qui se définit comme un « prospectiviste » est un auteur et un conférencier français. Dans une de ses nombreuses conférences, il propose « Les 10 commandements d’un réseau » que nous vous proposons d’appliquer aux entreprises.

Parmi ces « 10 commandements », je vous invite à en choisir un : celui qui à la lecture vous interpellera. Ensuite voyez avec vos collaborateurs comment le mettre en pratique dans votre entreprise.

1. Croître au bon rythme et rester à taille humaine

Certaines entreprises grandissent trop vite et y perdent leur âme, leurs valeurs. D’autres stagnent et ne se réinventent pas, elles se sclérosent.  Idéalement, les entreprises sont appelées à croître à un rythme qui permettra aux nouveaux venus d’intégrer les valeurs, la mission et la culture de l’entreprise.

La taille globale de l’entreprise n’a pas vraiment de limite. Par contre, pour être efficace, les entités de l’entreprise resteront à taille humaine afin de garantir la cohésion de l’équipe, la capacité à décider, la responsabilisation… Chez Buurtzorg (> 10.000 personnes), une équipe d’infirmiers et infirmières à domicile ne peut excéder 12 personnes, dès que ce nombre est dépassé, une nouvelle équipe est créée.  Chez FAVI (> 450 salariés), certaines mini-usines compte 35 personnes et parfois plus. C’est déjà un nombre élevé mais qui reste malgré tout à taille humaine. Aller plus loin fera réapparaître des structures de pouvoir qui alourdiront l’édifice.

Travailler avec des entités à taille humaine permet de rester souple, agile, ouvert au changement, à l’écoute les uns des autres et de l’extérieur. Chacun y sera acteur et non pas consommateur.

Le recrutement se fera par le groupe pour conserver à tout moment la cohésion et assurer la bonne intégration des nouveaux venus.

Un être humain peut-il collaborer efficacement avec un autre sans établir une relation personnelle avec cette personne ? Sans relation personnelle, il n’est pas possible de transmettre de la passion et de l’enthousiasme, la communication est beaucoup plus difficile, la confiance n’existe pas… Or un groupe trop grand ne permet pas d’avoir des relations réelles entre tous les membres du groupe. Idéalement, la taille d’une équipe tournera autour de 25 personnes avec un maximum de 40 (cfr les clubs en tout genre, les monastères, les classes à l’école…).

2. Favoriser l’autonomie

Les entités qui constituent l’entreprise seront autonomes, c.à.d. libres quant aux modalités et responsables par rapport aux résultats. L’entreprise fonctionnera de manière idéale par l’application du principe de subsidiarité : ceux qui sont confrontés à un problème sont les mieux à même d’en assurer la résolution.

Cela ne veut pas dire sans l’aide d’autres, mais dans un rôle de prise en charge, de décision et de coordination du processus amenant à une solution. C’est un management par exception et non pas par direction.  En appliquant le principe de subsidiarité, le local gère le local et trouve localement des solutions à ses problèmes locaux. Ce n’est que lorsque l’entité n’y arrive pas qu’elle décidera de faire appel à d’autre entités plus centrales ou non.

3. Le PDG de l’entreprise est sa mission

Les seuls leaders qui doivent diriger et inspirer chacun et chaque décision dans l’entreprise, sont :  la mission, la raison d’être de l’entreprise et ses valeurs.

Les collaborateurs ne sont plus là pour suivre un CEO ou des managers, mais pour donner le meilleur d’eux-mêmes pour réaliser chaque jour un peu plus la raison d’être de l’entreprise.

Un patron me disait il y a quelques mois que les trois questions qu’il posait lors de l’entretien annuel avec ses collaborateurs étaient :

  • « Comment as-tu contribué à la mission de l’entreprise cette année ? »
  • « Comment désires-tu contribuer à cette mission l’année prochaine ? »
  • « Comment puis-je t’aider à offrir cette contribution ? »

Le message qu’il donne au travers de ces trois questions est clair et puissant : ses collaborateurs ne sont pas là pour le servir, mais pour servir quelque chose de plus élevé, la raison d’être de l’entreprise, sa mission.

4. Le cancer de l’entreprise c’est l’ego

L’ego est un danger pour l’entreprise. Plus je monte dans la hiérarchie, plus je risque d’être infecté. Plutôt que de lutter contre, je propose de mettre cet ego au service de la mission de l’entreprise. Sur ce point, je vous renvoie à un de mes articles précédents qui invite à combiner ego et humilité : « Le secret des grands leaders : ego et humilité ».

5. Supprimer tout ce qui est inutile

Chacun dans l’entreprise, en commençant par le patron veillera à faire le ménage et à supprimer systématiquement tout ce qui n’est pas utile, tout ce qui alourdit le fonctionnement de l’organisation sans ajouter de valeur, tout ce qui rend le travail pénible sans raison.

L’entreprise est comme une vigne : pour porter du bon fruit et permettre de produire de grands crus, les vignerons prennent soin de la tailler régulièrement.

Sur ce point, chacun veillera à prendre conscience du degré d’utilité de ce qu’il fait de façon à pouvoir réagir dès qu’il pense que ce degré n’est plus suffisant. L’inutile coute cher et démotive en profondeur.

6. Faire plus avec moins

C’est une des 10 valeurs choisies par Zappos, l’entreprise de Tony Hsieh, intégrée par Amazon en 2009 pour un montant de 1.2 milliards de $ (voire son livre « L’entreprise du Bonheur »). C’est un état d’esprit. Chacun dans l’entreprise sera toujours à la recherche de la façon de faire plus avec moins. Attention toutefois au danger d’anorexie…

Le principe de Pareto est la meilleure illustration de ce commandement : 20% des efforts produisent 80% des résultats.  La question est donc d’identifier ses 20% et d’arrêter de perdre son temps avec ce qui ne produit que peu ou pas de résultats.

7. Fonctionner en réseau

La majorité des entreprises ont encore une structure pyramidale. Marc Halévy qui a l’art de trouver la formule choc ne manque pas de rappeler que :

« Les pyramides sont des tombeaux en ruines »

Marc Halévy

Peut-être est-il temps de passer à autre chose. Cet autre chose ressemblera davantage à un réseau, des cellules efficaces, agiles et autonomes fédérées autour d’un projet, d’une mission commune et guidées par des valeurs partagées.

Les structures hiérarchiques ne favorisent pas le développement de l’intelligence collective. La meilleure structure est celle qui permet l’expression libre de chacun au service de l’entreprise plutôt qu’à celui d’un chef ou de sa propre ambition à gravir les échelons. Vu la complexité croissante à laquelle les entreprises sont confrontées, l’intelligence, la créativité, l’audace sont plus que jamais des leviers indispensables pour la réussite. A chacun de se poser la question de savoir si la structure de son entreprise est un frein à l’expression de l’intelligence, de la créativité et de l’audace de chacun ou si au contraire, elle les booste. 

8. Rechercher la valeur

Baisser les prix est une logique dépassée tout comme le fait de grossir pour générer des économies d’échelles. La plupart des fusions que j’ai vécues (pas toutes) on détruit de la valeur plutôt que d’en créer : des PME qui réussissaient bien parce qu’elles étaient agiles et innovantes sont intégrées dans des structures lourdes, stressantes et paralysantes. Le résultat ne se fait pas attendre : les acteurs les plus dynamiques quittent le navire qui de ce fait perd sa vitalité.

Les entreprises qui réussissent sont celles qui créent de la valeur. Je ne parle pas ici de recherche de valeur financière, celle-ci sera la conséquence de la création de valeur pour le client de l’entreprise. Cette création de valeur est portée par la raison d’être de l’entreprise, la contribution qu’elle veut apporter au monde et à la société.

9. Être au service d’un monde meilleur

Marc Halévy nous invite à inverser la logique actuelle. Depuis des décennies, le centre du système est le profit, les finances. Autour des finances, il y a l’économie au service des finances. Autour de l’économie, il y a la société au service de l’économie. Autour de la société il y a l’écosystème qui représente un réservoir infini de ressources bon marché à exploiter.

Les entreprises du futur ont inversé le système en mettant l’écosystème et l’humain au centre, servis par la société, elle-même servie par l’économie qui utilise les finances comme « une servante docile et modeste ».

Quelle est la logique de votre entreprise ? Qui est au service de qui ? Suivant lequel des deux schémas ci-dessus fonctionne-t-elle ?

10. Réussir sa vie

Changer de paradigme pour passer du « réussir dans la vie » à « réussir sa vie ». L’entreprise est au service de l’épanouissement et du bien-être de tous ceux qui la côtoient : salariés, clients, partenaires, actionnaires, dirigeants… Attention cependant au syndrome du moi, moi, moi. Le défi c’est l’intériorité et l’identité, la capacité à trouver et à donner du sens, à goûter le chemin.

En conclusion, le système qui a connu son apogée dans le courant du siècle passé est en train de disparaître. Il reste encore très puissant tout en craquant de partout. Un nouveau système se met en place discrètement, mais rapidement et efficacement. Ceux qui restent ancrés dans l’ancien paradigme sont pessimistes et se voient en pleine crise. Quant aux autres, ils peuvent dire avec Marc Halévy :

« Il y a de quoi être vachement optimiste quant à l’avenir du pessimisme… »

Marc Halévy

Votre choix ?

Avez-vous choisi le commandement que vous allez proposer à vos collaborateurs ?

Soyez des leaders généreux, optimistes, épanouis et épanouissants. L’homme est bon et ne demande qu’à contribuer à un monde meilleur. C’est aux leaders de ce monde à leur en donner l’opportunité et à leur montrer la voie.

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Que votre vie soit belle,

Pierre de Lovinfosse

Photos : Gerd Altmann, Sven Wilhelm.

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