Aime et fais ce que tu veux

Ce qu’il y a de plus important pour les femmes et les hommes que nous sommes est la plupart du temps exclu ou même tabou dans le monde du travail. Certains dont je fais partie pensent qu’il s’agit d’un besoin aussi fondamental que de respirer un air pur. Et si ce rejet, ce déni, était une des causes de l’explosion ces dernières décennies des troubles psychosociaux et autres maladies liées au travail ?

Dans cet article, nous aborderons la question de l’amour au cœur de l’entreprise. J’attends vos réactions avec impatience.

coucher de soleil-Alexas_Fotos

7 mots pour changer mon entreprise

Vous connaissez probablement cette phrase de saint Augustin :

« Aime et fais ce que tu veux. »

Depuis longtemps c’est une des citations qui me parle le plus. En 7 mots elle transcende toutes les lois, les règles, les constitutions, les pactes et autres rails que la société nous propose. Elle est d’une exigence qui donne le vertige, d’une simplicité éclairante, d’une puissance qui dépasse tout. Elle est aussi et surtout profondément libératrice.

« Fais ce que tu veux », Augustin l’a fait pendant de nombreuses années de sa jeunesse. Sa mère aimait pour lui. Elle priait jour après jour pour qu’il trouve le chemin de l’amour. Et cela a marché bien au-delà de ce qu’elle pouvait imaginer : son fils est devenu un des philosophes et des théologiens qui ont le plus marqué l’histoire jusqu’à nos jours encore.

Cette phrase, je voudrais la proposer comme un mantra, une boussole, à tous les dirigeants et dirigeantes d’entreprises et à tous les managers. Dans votre processus de décision, dans les orientations que vous êtes amené à prendre pour votre entreprise, dans vos choix, je vous invite à vous poser la seule question qui compte vraiment : est-ce que je fais cela par amour ?

L’amour…

En voilà un qui n’a pas souvent le droit d’entrée dans nos entreprises, monsieur Profit occupant tout l’espace. Il y a deux ans, quand j’ai commencé à parler d’amour dans les entreprises, je me sentais un peu seul et certains me traitaient de fou. Aujourd’hui, de plus en plus de voix s’élèvent pour l’évoquer. Alors ne vous laissez pas dépasser : interrogez-vous sur la place que vous voulez donner à l’amour dans votre entreprise, dans votre vie professionnelle.

Dans l’entreprise !?

Peut-être pensez-vous qu’il est déplacé de parler d’amour en entreprise. Vous avez peut-être cette conviction que l’amour est réservé à la sphère privée, car l’entreprise c’est du business. La question que je vous poserai alors est de savoir si pour vous, oui ou non, l’amour est la chose la plus importante dans la vie. Si votre réponse est positive, pourquoi voulez-vous mettre de côté ce qu’il y a de plus important pour vous pendant la plus grande partie de vos journées ? Nous travaillons environ 8h par jour, parfois beaucoup plus. A cela il faut ajouter les heures de transport. Quand nous rentrons chez nous, la fatigue et les soucis du jour pèsent sur nos épaules et il n’est pas toujours facile de s’ouvrir à une relation « amoureuse » dès le pas de la porte franchi, surtout si l’atmosphère de travail est plutôt toxique (= sans amour).

Ma conviction, c’est que nous sommes des êtres de relation, faits pour aimer et être aimés. Aimer les autres nous rend heureux et être aimés nous comble. C’est notre ADN. Si nous mettons de côté ce trait essentiel de notre nature humaine pendant la majeure partie de nos journées, il est normal que nous voyions exploser des symptômes comme le burnout, la dépression, les cancers et autres maladies qui gonflent de plus en plus les chiffres de l’absentéisme au travail.

L’amour c’est quoi ?

Le problème vient peut-être de la réponse à cette question : qu’est-ce que l’amour ? (Si vous avez le temps, suspendez la lecture de cet article et prenez un moment pour proposer des réponses à cette question).

Si l’amour n’a pas encore trouvé beaucoup de place dans le monde du travail, c’est peut-être parce que beaucoup voient l’amour comme un sentiment. Il ne faut pas avoir vu beaucoup de films romantiques pour arriver rapidement à la conclusion que le sentiment amoureux exprime davantage le désir d’être aimé que l’amour lui-même. Non, l’amour n’est pas un sentiment.

Vague-Patrick Neufelder

Pour Marshall Rosenberg (père de la Communication NonViolente ©), l’amour est un besoin. Personnellement j’ai aussi la conviction que l’amour est une décision. Si je mets ces deux approches ensemble, l’amour serait cette décision d’aller à la rencontre de ce besoin fondamental en moi et chez les autres. L’amour est cette décision de donner gratuitement, sans attendre quoi que ce soit en retour, sans endetter l’autre. Il est cette décision de recevoir gratuitement, sans se sentir obligé de rendre, sans se sentir endetté soi-même. Si je donne par obligation, par devoir, par peur ou pour éviter la honte ou la culpabilité, mon don n’est pas gratuit et attend quelque chose en retour. Tôt ou tard je demanderai un remboursement pour ce don.

Je pense souvent aux paroles qu’Isabelle et moi avons prononcées le jour de notre mariage, il y a un peu plus de trente ans : « Je me donne à toi et je te reçois ». Le « gratuitement » n’était pas exprimé, mais il était là. Se donner tel que je suis, non pas avec un masque, mais dans la vérité de mes richesses et de mes pauvretés. Aimer l’autre tel qu’il est, non pas tel que je voudrais qu’il soit, mais tel qu’il est aujourd’hui. Pendant des années j’ai aimé non pas Isabelle, mais celle que je voulais qu’elle soit. Ce n’était pas un amour gratuit, mais un amour pour moi. Cela a généré pas mal de malaise dans notre couple. Aujourd’hui je veux l’aimer tel qu’elle est, sans autre attente que de la recevoir. C’est un beau chemin.

Cela nous éloigne de nos entreprises ? Non, je ne crois pas. Au contraire. L’entreprise, lieu de vie, est aussi appelée à être ce lieu du don et ce lieu du recevoir. Si dans beaucoup d’entreprises, des salariés étouffent, ne serait-ce pas par manque de cet air, de cet oxygène vital qu’est l’amour ?

L’amour de soi

D’abord s’aimer soi-même. Comment puis-je aimer les autres en vérité, si je ne m’aime pas moi-même ? Si je ne m’aime pas moi-même, si je ne me reçois pas moi-même tel que je suis, comment pourrai-je me donner ? Souvent notre égo et les blessures de la vie nous poussent à porter un masque qui nous déforme. S’aimer soi-même c’est lâcher ce masque. Cela demande de l’humilité et génère une vulnérabilité qui peut éveiller des peurs au début. Mais petit à petit, quand je décide de me recevoir et de me donner tel que je suis, je ressens ce confort incomparable de vivre dans ma propre peau plutôt que dans un vêtement d’emprunt qui n’est jamais à ma taille. L’original est toujours plus beau que la copie. Le confort de ne plus envier une autre vie que la mienne est grand.

Arriver à admettre que je suis un trésor. Dire à la suite du psaume 138 écrit il y a des milliers d’années :

« Merci pour la merveille que je suis »

C’est tout cela s’aimer soi-même. Aimer les autres demande donc d’abord de prendre soin de soi. Il faut d’abord que notre vasque se remplisse pour que son débordement puisse abreuver ceux que nous croisons sur notre route.

pamukkale-LoggaWiggler

L’amour de ses collaborateurs

Aimer ses collaborateurs. Vouloir profondément leur bien et les recevoir tels qu’ils sont. Les aider à découvrir qui ils sont pour qu’ils puissent, une fois alignés, connectés à leur identité profonde, à la source en eux, irriguer de leurs dons leurs collègues et les clients. Voilà un programme fort pour une entreprise performante.

L’amour du client

Les salariés de FAVI (une fonderie à Hallencourt, nord de la France) ont fait de l’amour du client une des deux raisons d’être de leur entreprise (la seconde étant la création et le maintien d’emplois de qualité dans le village au nord de la France où est installé l’usine). Chez FAVI, ce n’est pas une simple phrase écrite sur le portail d’entrée de l’usine, c’est une clé, une motivation profonde pour toutes les décisions prises dans l’entreprise. Alors qu’en France, leurs concurrents ont tous été rayés de la carte, l’entreprise continue à prospérer. Cet amour du client est très certainement un des ingrédients de ce succès menant les salariés à produire à un niveau très élevé de qualité et à livrer toujours dans les délais impartis.

L’amour des fournisseurs

Zappos, l’entreprise de vente de chaussures par internet vendue en 2009 pour 1.2 milliards de $ à Amazon a fait du respect de ses fournisseurs une de ses priorités. Tony Hsieh, CEO de Zappos, part du principe que s’il veut que ses fournisseurs fassent du bon boulot pour ses clients, il est indispensable qu’ils soient heureux de travailler pour Zappos (« l’entreprise du bonheur »). Alors que dans les marchés retail, les fournisseurs sont souvent mal traités et pressés comme des citrons (rappelez-vous le film « La vérité si je mens » ), Zappos a pris cette décision d’aimer ses fournisseurs. Ici aussi, les fruits de cette politique sont sans appel.

L’amour des concurrents

Il ne s’agit pas tellement d’aimer ses concurrents que de se rendre compte que pour une entreprise qui a un véritable sens (un « pour quoi ») il n’y a pas de concurrents, mais des collègues. Si votre entreprise a la recherche du profit pour sens, oui, vous avez des concurrents. Si par contre, votre entreprise a un « vrai » sens, c.à.d. une raison d’être qui est de l’ordre de la contribution à un monde meilleur, vous n’avez plus de concurrents : tous ceux qui ont le même sens que vous et qui y contribuent deviennent des collègues, des partenaires : ils vous aident à réaliser votre mission. La concurrence détruit de la valeur, le partenariat en crée.

Personnellement, en tant que coach et formateur, je suis dans un métier où il y a beaucoup de « concurrence ». Je ne vois pas mes collègues coachs comme des concurrents. Ceux qui comme moi ont comme sens d’aider les entreprises à être des lieux de vie, d’épanouissement et de bien-être sont des partenaires. Résultat : plus de la moitié de mon chiffre d’affaire vient de mes collègues. Essayez avec vos « collègues », vous verrez votre chiffre augmenter.

Ne laissez aucune place à la haine, à la concurrence, à la compétition… à tout ce qui oppose les hommes, les femmes les uns aux autres. Tout cela détruit. Si vous voulez construire durablement, du solide, que vos fondations soit l’amour. Que l’amour soit le cœur, le moteur de votre vie et donc aussi de votre entreprise.

Un outil pour aller plus loin : le point de vue de l’amour

Tous les experts le disent : les entreprises qui se développeront dans les années à venir sont celles qui innoveront. Une des clés pour innover, c’est de changer de point de vue. Alors aujourd’hui, je vous propose un exercice d’innovation en reconsidérant votre entreprise du point de vue de l’amour.

Voici quelques questions pour vous aider :

  • Si l’amour est ce don gratuit, qu’est-ce qui dans mon entreprise n’est pas de cet ordre-là et qu’est-ce qui l’est déjà ? Chez moi, chez mes collaborateurs.
  • Comment puis-je réduire la liste de tout ce qui n’est pas de l’ordre de l’amour dans mon entreprise (à partir de la question précédente) ?
  • Qu’est-ce qui dans nos valeurs, notre sens nous aide à développer cette culture de l’amour dans l’entreprise ? Que devrions nous ajouter et/ou supprimer pour favoriser cela ?
  • Que se passe-t-il dans l’entreprise quand je donne gratuitement ? Quel est l’impact sur moi, mes collaborateurs, mes clients ?
  • Qu’est-ce qui dans l’entreprise nous empêche de nous recevoir les uns les autres tels que nous sommes ? Qu’est-ce qui nous force à porter un masque, à nous déguiser ? Comment supprimer cela pour que chacun soit reçu tel qu’il est ?
  • Qu’est-ce qu’une vraie culture de l’amour changera dans l’entreprise ?

L’idéal est de répondre à ces questions en groupe. Par exemple en utilisant la technique du World Café (voir lien plus bas).

Cela vous tente, mais vous n’êtes pas très à l’aise pour faciliter ce type de rencontre ? Appelez-moi.

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Que votre vie soit belle,

Pierre

Des liens pour aller plus loin

Photos dans l’ordre d’apparition : Sandie Posar, Alexas-Photos, Patrick Neufelder, LoggaWiggler, Fernando Ribas

6 réflexions sur « Aime et fais ce que tu veux »

  1. Merci pour ce thème si fondamental et important.

    J’ai été intéressé aussi par la liste de questions à la fin de l’article, cependant elle me paraissent encore un peu trop générales et j’aurais besoin d’items plus précis.

    Un exemple/suggestion : Jean Vanier dit « aimer l’autre c’est lui révéler ses talents ». On pourrait de ce fait avoir un questionnement du type « en quoi notre organisation/mon management permet de révéler concrètement les talents des collaborateurs/des clients/des fournisseurs/des partenaires? »

    autre suggestion : reprendre l’hymne à la charité et le transposer dans le contexte professionnel/commercial?

    Merci encore pour ce que vous faites et vous publiez, qui sont extrêmement précieux et inspirants.

  2. Bonjour Pierre,
    Ce commentaire pour te dire que j’aime beaucoup lire tes articles, que je trouve très inspirants et enrichissants. Je viens de télécharger ton e-book et je suis certaine qu’il m’apportera beaucoup sur le plan professionnel et personnel notamment avec mon retour dans la vie active, le voyage ne pouvant durer éternellement, quoique le voyage intérieur est perpétuel.
    Nous n’avons pas eu l’occasion de beaucoup discuter lorsque je travaillais à Diegem, mais je suis ravie de pouvoir suivre tes conseils par le biais de ton site.
    Amicalement,
    Amandine

  3. Bonjour Pierre
    C’est très rafraîchissant pour moi de te voir aborder ce thème pourtant essentiel dans tous les domaines de la vie mais complètement ignoré en entreprise. Je suis touché par les valeurs humaines et spirituelles que véhicule ton approche du monde du travail. Et je te remercie pour la justesse avec laquelle tu introduis la réflexion sur ce sujet.
    Entreprise libérée, deux mots qui désignent des initiatives encore trop rares. Entreprise aimante… là on parle de révolution ! Merci de nous faire réfléchir à la question !
    Amitié.

    1. Bonjour Richard
      Merci pour ton commentaire. C’est un beau chemin que de plus en plus de patrons empruntent avec bonheur et succès. Et ce n’est qu’un début ! Et comme l’amour, ce n’est pas comme les crédits: il y a en a pour tout le monde, sans aucune condition d’accès et à perpétuité, que ceux qui hésitent encore fassent un premier pas. Le seul risque, c’est de ne pas avoir envie de reculer.
      A bientôt, Pierre

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