2ème clé de la transition: Les trois mécanismes qui bloquent nos relations

Dans cet article, nous approfondirons les mécanismes qui ferment la relation pour apprendre à les repérer. Nous parlerons aussi du processus d’évolution et d’apprentissage de l’être humain.

Cet article est le 4ème d’une série sur les « 7 clés de la transition » que vous trouverez sur www.le-blog-des-leaders.com . Dans la Newsletter de septembre,  j’ai introduit le lien entre notre regard et la violence : comment notre regard peut enfermer, blesser, voire détruire, nous-même, l’autre, la relation, nos équipes, nos projets !
Où commence la violence ? Bien plus tôt que là où nous avons l’habitude de la voir et de la nommer (cf. pointe visible de l’iceberg). La Roue du Changement de Regard nous a permis d’illustrer comment la violence débute chaque fois que je me réduis moi-même ou l’autre à sa part de rayé… J’enferme celui que je vois tout rayé… Il devient un « ennemi »… Entre nous, je construis un mur ou un fossé. Découvrir que « je suis violent » ou que « j’ai des ennemis » est habituellement vécu comme un échec. Pourtant, c’est le premier pas de toute évolution et de ma transition personnelle ! Cela peut être le départ d’une fantastique aventure de libération de la Vie ! Bonne nouvelle : plus tôt on démasque la violence, plus c’est facile d’en sortir.

Les mécanismes de base de la relation violente

Fondamentalement, la violence se vit à travers trois mécanismes faciles à identifier. Ils propagent cette façon de diviser le monde en deux.  Je prendrai des exemples de la vie professionnelle pour les illustrer

1. Le ping-pong des accusations 

Quand l’autre m’accuse, me raye, pour me défendre, j’attaque : « Ce n’est pas vrai ! Je ne suis pas rayé, c’est toi ! ». L’autre n’apprécie pas de se retrouver rayé lui qui se voyait tout transparent et fait de même. Finalement, nous nous accusons mutuellement.

Un matin, quand le responsable IT arrive dans le bureau du responsable des achats, ce dernier l’interpelle :
Resp. achats  – Il n’y a rien qui fonctionne ici : aujourd’hui, c’est l’imprimante, hier internet, avant la base de données… j’en ai marre et je me demande à quoi tu sers ??? (Resp. IT tout rayé)
Resp. IT – Facile de te plaindre, si tu nous livrais déjà les commandes en temps
Resp. achats  – Et maintenant, tu vas oser dire que c’est de ma faute alors que tu as une équipe deux fois plus nombreuse que la mienne ! (Resp. IT tout rayé)
Resp. IT – C’est normal, tu as 5 fois moins de travail que moi… mais tu es tellement désorganisé ! (Resp. achats tout rayé)

Ce mécanisme peut rapidement donner cours à des élévations de voix, des insultes, des gestes agressifs. C’est probablement le mécanisme que nous identifions le plus facilement à de la violence.

2. Le ping-pong des vérités

Quand je parle de mon point de vue, c’est-à-dire que je dis mon « transparent », si je ne dis que cela, l’autre le reçoit comme s’il était « tout rayé » (comme si son point de vue, son transparent n’avait pas de place), alors à son tour, il défend son point de vue.
Ce  mécanisme violent est rarement repéré car il est plus subtile et moins spectaculaire : il n’y a ni élévation de  voix, ni accusation, chacun parle en « je », calmement, en donnant éventuellement à chaque fois plus de détails sur son point de vue…  Cela peut avoir l’air non-violent et pourtant cela se termine sur un malaise, une tension intérieure. On assiste en réalité à un dialogue de sourds.

Un responsable de chantier vient rencontrer son client pour régler la question des suppléments à facturer :
Resp. chantier  – Voici la listes des suppléments réalisés au cours du dernier mois, il y en a pour 145.500 € au total (sa vérité, son transparent)
Client – Je ne payerai rien : nous avions un accord bien clair, un budget tout compris ! (sa vérité, son transparent)
Resp. chantier  – Tous ces suppléments ont été annoncés, discutés avec vos hommes et signés avant exécution (
sa vérité, son transparent)
Client – Je suis le seul à pouvoir prendre ce genre de décision : le mois prochain je vous invite à en discuter avec moi !  (sa vérité, son transparent)

La Roue montre bien comment se construit un mur entre les deux personnes. Ainsi, nous pouvons être violent sans poser de geste agressif, ni prononcer une parole agressive. C’est un mécanisme dont nous sommes en général très peu conscients.

3. Filer à la solution

Quand on ne parvient pas à ouvrir la relation, pour fuir le malaise du mur que nous sentons (plus ou moins consciemment) ou pour nous débarrasser de l’autre, nous avons tous la faculté de nous changer en magicien ! Nous mettons alors la relation de côté et nous « sortons de notre chapeau » une solution ! Comme si la solution avait le pouvoir de tout arranger ! Dans certains cas, cela peut faire baisser la tension, mais le mur demeure entre nous au niveau de la relation. Le malaise ainsi créé va aller directement dans ce que nous appelons la poubelle relationnelle. Celle où les ressentiments s’accumulent et pourrissent. Avec tous les risques que cela comporte pour notre relation future. À tout moment, ma poubelle ou celle de l’autre risque d’être déversée et d’envenimer la relation.

Henri, chef de Jean, lui a confié un projet urgent il y a déjà 2 semaines et, apparemment, Jean n’a pas encore commencé. Henri se rend dans le bureau de Jean.
Henri, le chef – Bonjour Jean, je viens voir quand tu as l’intention de prendre ce projet en main ? (Jean rayé, légèrement ou fortement, ça dépend du ton de la voix et du non verbal)
Jean – Tu peux venir tous les jours, cela ne changera rien : j’ai 10 fois trop de travail (sa vérité : je ne suis pas rayé, je suis transparent)
Henri, le chef – Je t’ai déjà dit 100 fois qu’il faut mettre des priorités (Jean rayé)
Jean – Je n’arrête pas d’en mettre (son transparent) mais cela tout le monde s’en fout (les autres rayés)! Bon, ça va, j’ai compris, je vais une fois de plus changer de priorité pour me centrer sur ton nouveau projet. (solution)

Dans cet exemple, Henri (= moi) raye Jean et Jean (= l’autre) se justifie (il défend sa vérité, son transparent) pour finalement, excédé, proposer une solution. On comprend bien que rien n’est réglé dans le fond et que chacun est plein de ressentiments envers l’autre (la poubelle relationnelle s’est bien remplie !). La solution ne fait que mettre fin à la joute. La relation reste fermée.

La plupart du temps, nous mélangeons ces trois mécanismes, passant de l’un à l’autre sans transition. Souvent, nous mélangeons les deux premiers mécanismes : l’un accuse (« c’est de ta faute, tu es tout rayé »), l’autre pour se défendre, se justifie sans faire aucune place à ce que le premier vit ou lui reproche (« ce n’est pas vrai : je ne suis pas rayé, je suis transparent ! »).

Rappelez-vous une dispute récente. Quelles accusations avez-vous portées ? Vous êtes-vous justifié ? Un ping-pong a-t-il eu lieu ? Avez-vous filé à une solution ? Essayez de repérer ces mécanismes dans votre vie quotidienne jusqu’à ce que votre regard devienne (naturellement) sensible…
Sans vous juger et, dans un premier temps, sans vouloir changer…
En apprivoisant votre propre violence avant de regarder et d’apprivoiser celle qui vous entoure…
Votre propre violence : ces attitudes et ces systèmes auxquels vous participez qui divisent le monde en deux et par lesquels la vie s’en va…

Savez-vous comment se passe tout processus d’évolution et/ou d’apprentissage ?

L’exemple de l’apprentissage de la conduite d’une voiture illustre bien ce qui sous-tend tout processus d’apprentissage. Un jeune enfant n’a aucune conscience de la complexité de la conduite. Tout au plus a-t-il repéré qu’il fallait une clé et que quand on la tourne, la voiture démarre. Il se laisse conduire. Il est alors inconsciemment-incompétent !
En grandissant, il découvre qu’il y a plusieurs pédales, un levier de vitesse, etc. Il appréhende mieux maintenant ce qu’il faut faire, mais ne sait toujours pas conduire. Il est dans la phase consciemment-incompétent.
Vers 18 ans, il va apprendre à conduire et entre dans l’étape où il devient consciemment-compétent. Cependant, la conduite lui demande beaucoup de concentration, d’efforts, d’entrainement, et provoque du stress et quelques frayeurs. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps, qu’il entrera dans la dernière étape. La conduite devient facile, naturelle, automatique, il est dans la phase inconsciemment-compétent.

Parcourons maintenant ce processus d’évolution et/ou d’apprentissage en relation avec les mécanismes de la violence.

Au début, nous sommes inconsciemment-incompétents. Tout comme vous probablement en démarrant la lecture de cet article par rapport à votre regard violent ? Peut-être n’aviez-vous pas conscience de cette part de violence qui vous habite ? Peut-être la pressentiez-vous, voire la sentiez-vous fortement à certains moments, mais sans pouvoir l’identifier et la nommer ? Peut-être n’aviez-vous pas conscience des mécanismes que vous mettiez naturellement en route dans vos relations ? En particulier, combien quand vous répondez en vous justifiant et en défendant votre vérité, vous participez à construire ce mur de la violence qui vous emprisonne mutuellement ?

A ce stade de votre lecture, une nouvelle étape vient de s‘ouvrir en vous, vous devenez consciemment-incompétent. C’est l’étape de la conscientisation. Vous êtes maintenant conscient de la part de violence que peut contenir votre regard et des mécanismes qui la sous-tendent, mais vous ne savez pas encore nécessairement transformer ce mur en pont. Il est même possible qu’en cet instant, ces mécanismes soient à l’œuvre en vous ? Peut-être vous sentez-vous « tout rayé » ? Ou à l’inverse vous dites-vous : « mais, je ne suis pas violent ! », cherchant ainsi à défendre votre « transparent » ? Entrer dans la deuxième étape est le signe que vous êtes entrés dans la transition. Le travail d’accouchement démarre ! Vous venez de faire un pas irréversible : quand on a pris conscience de quelque chose, il est très difficile, voire impossible, de revenir à l’état d’inconscience d’où l’on vient. Or l’état de conscience peut être plus inconfortable, voire douloureux, puisque l’on commence à percevoir ce qu’on ne voyait pas avant. Aussi serait-il dommage de s’arrêter là. La conscience de notre incompétence stimule d’ailleurs souvent notre désir d’aller plus loin, pour sortir de cet inconfort.

Même si c’est inconfortable, prenez le temps de vous observer et d’observer votre vie, avec le plus de bienveillance possible, celle dont vous pourriez accompagner un être cher qui commence un accouchement !

L’étape suivante sera celle de l’apprentissage pour devenir consciemment-compétent. C’est la troisième étape, celle de l’entraînement. Vous apprenez à repérer les mécanismes qui nourrissent la violence en vous et dans vos relations. Vous apprenez aussi comment en sortir, comment faire basculer ces murs, les transformer en passerelles qui permettent à la vie de passer. En vous appliquant, moyennant un effort, parfois en vous y reprenant plusieurs fois, vous commencerez à expérimenter cette autre manière de vivre en relation avec soi-même, les autres et le monde. L’inconfort diminue peut-être, mais il est encore bien là ! Les deuxième et troisième étapes, bien qu’inconfortables et parfois décourageantes, sont incontournables. Ce sont les contractions de la transition. N’oubliez pas le but.

La quatrième étape, c’est la naissance : avec le temps et l’entrainement, vous deviendrez inconsciemment-compétent, le nouveau comportement vous est devenu naturel. Vous aurez intégré un nouveau regard qui apportera une lumière, une joie et une énergie nouvelles dans votre vie. Un nouveau regard qui vous permettra de changer les murs qui séparent les personnes et les groupes, en ponts qui les relient ! Vous découvrirez alors combien cette étape est tellement plus satisfaisante et confortable que l’inconscience du début.

Nous avons appris à voler comme l’oiseau, à nager comme le poisson, mais nous n’avons pas appris l’art de vivre comme des frères. Martin Luther King

Etre non-violent c’est devenir de plus en plus conscient de sa propre violence

Il est possible pour certains de ne pas manifester les attitudes physiques et extrêmes par lesquelles on définit habituellement la violence (pointe visible de l’iceberg). Par contre, ne jamais être violent au sens de la Roue du Changement de Regard, ne jamais rayer complètement l’autre ou soi-même, ne jamais se ou le présenter comme tout transparent… ne jamais enfermer l’autre ou soi-même est impossible. Dans cette optique, être non-violent n’est pas ne jamais être violent.
C’est devenir de plus en plus conscient de sa propre violence.
La violence est en nous, notre seul choix est de la vivre consciemment ou inconsciemment.
Quand on la rejette ou qu’on la nie, quand on la vit inconsciemment, elle prend les commandes.
Par contre, si on l’apprivoise, si on la vit consciemment, elle participe alors à la danse de la vie relationnelle avec l’autre et avec soi-même.

Dans le prochain article, en février 2020, nous apprendrons à faire tomber les murs qui nous séparent, à les transformer en ponts, afin de vivre des relations ouvertes, vraies et vivifiantes… à sortir de la violence !

En attendant, si vous désirez vous former, vous entraîner, n’hésitez pas à consultez les formations sur mon site. S’il n’y a pas de dates prévues, n’hésitez à vous pré-inscrire. Ce n’est pas un engagement ferme, simplement une indication pour moi, s’il y a  un nombre suffisant de demandeurs, qu’il est temps de programmer une nouvelle session.

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Je vous souhaite de découvrir comment parfois vous vous enfermez ou vous enfermez d’autres et de le vivre comme le début d’une libération qui vous permettra de devenir plus vous-même et de la permettre à l’autre !

Benoît

Auteur : Benoit Thiran

Formateur, coach et facilitateur. Mon bonheur est de vous aider à faciliter le déploiement de la Vie, personnellement et dans votre organisation! J’ai une expérience professionnelle depuis 1988 dans l’accompagnement des relations et du changement dans des secteurs variés. Créateur du Tableau de Bord du Management-Humain-Durable et des 7 clés de la Transition. Ces deux approches permettent de mobiliser le potentiel des personnes et de l’organisation ! On me caractérise souvent comme un impulseur, un éveilleur, un passeur…

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